Films·Avis·Les femmes coréennes dans la production audiovisuelle

[K-Movie] Sisters on the road

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Sisters on the road

Titre original: 지금, 이대로가 좋아요 / Jigeum, idaeroga johayo
Pays: Corée du Sud
Genre: Comédie dramatique
Durée: 96 minutes
Sortie: 23 Avril 2009
Réalisatrice: Boo Ji Young
Scénariste: Boo Ji Young
Producteur: Park Soon Hong
Compositeur: Choi Seung Hyun
Directeur de la photographie: Kim Dong Eun
Société de production: DNA Production
Casting principal: Shin Min Ah (Park Myung Eun), Gong Hyo Jin (Oh Myung Ju), Kim Sang Hyun (Hyun Ah), Choo Kwi Hung (Hye Sook), Moon Jae Woon (Hyun Sik), Bae Eun Jin (Seung Ah)

Sisters on the road est un film indépendant qui a été projeté au festival du film international de Pusan en 2008. Sorti en salle en 2009, il a cumulé un taux d’audience de 21 645 personnes. Ce road movie s’intéresse à la réconciliation de deux demi-sœurs et à la maturité de la plus jeune.

Le film s’ouvre sur les deux héroïnes et les présente de manière contrastée. Elles sont vues en train de commencer leur journée. Myung Eun exerce un travail de bureau où beaucoup de choses lui sont demandées avec un patron qui ne peut se passer d’elle. Elle n’est clairement pas épanouie. Sous ses extérieurs de dureté, elle cache sa douleur d’avoir été abandonnée par son père. Myung Ju possède une poissonnerie. Elle est de nature plus enjouée. Mère célibataire, elle élève seule sa fille Seung Ah.

Un appel téléphonique les stoppe sur leur lieu de travail pour leur annoncer une mauvaise nouvelle. Elles se retrouvent pour la première fois depuis longtemps à l’occasion des funérailles de leur mère. Myung Eun est de retour sur l’île de Jeju, dans la maison de leur enfance, où elle a grandi avec sa soeur aînée d’une dizaine d’années, sa mère, et Hyun Ah, une femme qui est arrivée alors qu’elle n’était qu’une enfant et qui est considérée comme leur famille. Myung Eun et Myung Ju s’adressent à elle comme leur tante.

Les personnalités des deux sœurs sont très différentes. La plus âgée, Myung Ju, n’hésite pas à vivre comme elle l’entend. Elle est gentille et très sociable bien qu’immature. La plus jeune, Myung Eun, était une élève studieuse qui a grandi en n’acceptant pas d’être considérée comme une fille illégitime. Ses blessures ont fait d’elle quelqu’un dans la retenue. Les deux sœurs ont une relation assez conflictuelle, basée notamment sur des non-dits. Myung Eun n’accepte pas le caractère libéré de sa sœur alors qu’elle même souffre. Elle a honte que celle-ci soit devenue mère célibataire alors qu’elle n’était encore qu’une lycéenne et qu’elle continue le schéma familial. Quant à Myung Ju, elle cache aussi certains secrets.

Le père de Myung Ju est décédé quand elle n’était qu’une enfant. Sa mère a fait la connaissance de Park Hyun Sik, le père de Myung Eun, qui a tout de suite aimé la fillette. Il jouait avec elle et il rendait sa mère heureuse. Myung Eun est aussi jalouse de son aînée, qui a connu son père, alors qu’il l’a abandonnée. Lorsque les funérailles sont terminées, la famille trie les affaires de leur mère. Myung Eun décide alors de partir à la recherche de son père pour comprendre pourquoi il est parti. Pour cela, elle implique Myung Ju. Si celle-ci hésite à l’accompagner, elle le fait par culpabilité et par son devoir d’aînée.

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La route des deux sœurs est longue, entre trajets en bateau et en voiture. Pendant leur voyage, elles se disputent sur leurs différences et expriment enfin les non-dits qui pesaient sur elles. En se parlant, en se remémorant leur passé, en partageant leurs secrets, elles finissent par s’accepter telles qu’elles sont.

Le film suit les deux sœurs pendant leur voyage. Cependant, il n’est pas que linéaire puisqu’il montre aussi des scènes de leur passé sur plusieurs temporalités différentes. Celles-ci sont toutes importantes pour comprendre leurs relations familiales et ce qui a fait ce qu’elles sont aujourd’hui. De plus, alors que les deux sœurs sont sur le continent, la vie de Seung Ah et Hyun Ah est aussi montrée. La fille de Myung Ju semble connaître son père mais ne l’apprécie pas, le fuyant dès qu’elle le voit. Le film ne résolve pas vraiment cette relation puisque ce n’est pas son sujet principal.

Une dispute sous la pluie atteint son apogée lorsque des mots durs sont échangés. Le climax ne peut que retomber ensuite. Après quelques plans rapprochés de scènes de paysage ou de décors passées lors de leur voyage, les héroïnes sont calmées et prennent le temps de se parler. Myung Eun découvre enfin la vérité. Elle trouve des réponses, certainement différentes de celles qu’elle attendait. Elle peut enfin laisser libre cours à ses larmes, repenser à son passé de manière plus sereine, et apprendre qui elle est vraiment et ce qu’elle souhaite dans la vie. Avec son twist inattendu, le film permet de réfléchir autrement sur le passé des personnages.

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Le film dans son ensemble est plutôt lent, axé sur ses personnages. La musique est quasiment absente. Je l’ai principalement notée lorsque les deux sœurs commencent leur trajet en voiture, en la voyant s’éloigner sur la route. Le film n’est pas pour autant silencieux car il y a beaucoup de dialogues entre les deux sœurs cependant les scènes de silence sont aussi importantes. Le bruit a aussi son intérêt, notamment lors de la scène de la dispute où la pluie absorbe les paroles des deux sœurs.

I realize now that [his] long journey has finally ended. Mine begins now.

Myung Eun et Myung Ju ont toujours été une famille. Elles se sont retrouvées grâce à ce périple. Et surtout, Myung Eun a trouvé la personne qui a toujours été à ses côtés. La famille prend des formes différentes. Et si celle de Myung Eun n’est pas ordinaire, elle a toujours formé une famille.

Ressenti : ★★★☆☆

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[K-Movie] The way home

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Titre original: 집으로 / Jibeuro
Titre français: Jiburo – Sur le chemin de la maison
Pays: Corée du Sud
Genres: Famille, Comédie dramatique
Durée: 87 minutes
Sortie: 4 Avril 2002
Réalisatrice: Lee Jeong Hyang
Scénariste: Lee Jeong Hyang
Producteurs: Wang Jae Woo et Whang Woo Hyun
Compositeurs: Kim Dae Hong et Kim Yang Hee
Directeur de la photographie: Yun Heung Sik
Société de production: Tube Entertainment
Société de distribution: CJ Entertainment
Casting principal: Kim Eul Boon (la grand-mère), Yoo Seung Ho (Sang Woo)

Je souhaitais faire le portrait d’une grand-mère proche de la nature qui nous donne la vie et nous aide à grandir. Je voulais absolument que les lieux de tournage restent les plus authentiques possibles et que la grand-mère soit quelqu’un qui donne de manière inconditionnelle. – Lee Jeong Hyang [1]

Comme la plupart des projets de Lee Jeong Hyang, Jiburo a muri pendant quelques années avant de voir le jour. Ce récit à la portée universelle est dédié à toutes les grands-mères comme le précise la dédicace de fin « En hommage à toutes les grands-mères ». Son rôle était donc très important à pourvoir. La réalisatrice a commencé par chercher le lieu du tournage. En effet, la majorité de l’action du film se passe dans un petit village. Elle a choisi Jeetongma, dans la province de Gyeongsang. Dans un village voisin où ne résidaient que huit familles, essentiellement composées de personnes âgées, elle fait la connaissance de Kim Eul Boon qui n’avait jamais vu un film de sa vie. Elle l’a convaincu d’interpréter son rôle titre. Les autres interprètes étaient aussi des acteurs amateurs à l’exception du rôle central joué par Yoo Seung Ho (qui a aujourd’hui la carrière qu’on lui connaît !). Ce dernier, comme son personnage, n’était pas habitué à la campagne. Au début du tournage, il avait très peur des sangsues qui pullulaient mais plus tard il finit par les utiliser pour réaliser des farces aux membres de l’équipe. [1]

Le tournage initialement prévu pour durer deux mois a duré trois fois plus de temps en raison de la météo et des lieux peu praticables mais surtout pour la méthode de travail employée par la réalisatrice. Lee Jeong Hyang souhaitait respecter la chronologie des scènes et non procéder par lieux afin de privilégier l’évolution de la relation des personnages au fil de l’histoire.

Je pensais au départ que le tournage ne dépasserait pas deux mois mais en réalité il a duré six mois. Je ne voulais pas tourner les scènes en les regroupant par lieu comme on le fait traditionnellement au cinéma. Je voulais tourner dans l’ordre chronologique de l’histoire pour saisir au mieux l’évolution subtile des émotions et des relations entre les personnages. – Lee Jeong Hyang [2]

Pour réaliser son film, Lee Jeong Hyang a privilégié le plan fixe. Les personnages sont aussi souvent filmés en plan rapproché ce qui permet de mettre en valeur les relations entre la grand-mère et son petit-fils. Les plans plus larges sont plus descriptifs. J’ai apprécié de voir l’aspect très rural de ce petit village coréen. Le contraste entre le monde urbain et le monde campagnard est très fort.

Au début du film, une mère célibataire, en proie a des difficultés financières, décide de laisser son fils de sept ans avec sa mère muette dans un village très reculé et dans une maison isolée. Ayant fui la maison familiale très jeune, la mère présente le petit-fils à sa grand-mère pour la première fois. Les laissant seuls tous les deux, avec quelques jouets et de la nourriture pour son fils Sang Woo, elle regagne la ville. Le jeune garçon n’accepte pas cette décision et déverse sa frustration sur sa grand-mère.

Sang Woo est un garçon capricieux. Habitué à la vie citadine, l’acclimatation à la vie rurale est très rude. Il n’a plus son confort habituel. Ses premières journées sont occupées par ses jeux vidéos et ses divers jouets mais lorsque les piles rendent l’âme, il s’ennuie. Sa grand-mère est une très vieille femme muette qu’il ne connaît pas et qui mène une vie très éloignée de celle à laquelle il est habitué. Il se montre hostile envers sa grand-mère, lui jouant des mauvais tours ou l’insultant. Pour autant, celle-ci demeure imperturbable. La grand-mère éprouve pour lui un amour inconditionnel. Elle tente tant bien que mal d’accéder à ses demandes. Très pauvre et diminuée physiquement, elle sacrifiera pourtant son argent et fera de nombreux efforts pour que son petit-fils puisse obtenir ce qu’il désire. Même s’ils ont des difficultés à communiquer, elle ne renonce pas à lui. Elle ne sait lire ni écrire, elle est très lente dans tous ses gestes, mais elle fait preuve d’une grande tendresse.

La nouvelle vie de Sang Woo s’écoule lentement. Il essaye de se lier d’amitié avec les quelques enfants du village, notamment une fillette de son âge. Il est jaloux d’un garçon qui est très proche d’elle. Peu à peu, il se rapproche de sa grand-mère, remarquant ses gestes désintéressés. Le chemin à parcourir a été long. Lorsqu’un pas en avant était fait, un pas en arrière n’était jamais loin. Le spectateur est souvent révolté du comportement de Sang Woo. La grand-mère laisse passer tous les actes de violence et fourberie de Sang Woo envers elle. Cette lente évolution est cependant touchante à voir. La réalisation montre la complicité qui se tisse petit à petit entre Sang Woo et sa grand-mère, notamment à travers des moments humoristiques.

Lorsque Jiburo se terminera, vous aurez certainement le sourire aux lèvres. Vous repenserez avec compassion à cette grand-mère mais aussi à vos propres ancêtres. A ce qu’ils ont sacrifié pour vous permettre d’être qui vous êtes aujourd’hui.

Ressenti : ★★★☆☆

Sources :
[1] Festival de Clermont
[2] Divers dossiers pédagogiques sur le film

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[K-Movie] South bound

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South bound

Titre original: 남쪽으로 튀어 / Namjjeukeuro Twieo
Titre alternatif: Run to the South
Pays: Corée du Sud
Genre: Comédie dramatique
Durée: 121 minutes
Sortie: 6 Février 2013
Réalisatrice: Im Soon Rye
Scénaristes: Kim Yoon Seok, Lee Kye Byuk, Na Hyun, Choi Moon Seok
Basé sur le roman japonais de Hideo Okuda
Producteurs: Kim Bo Ram, Lee Mi Young
Compositeurs: Dalpalan, Jang Young Gyu
Directeurs de la photographie: Cho Yong Kyu
Sociétés de production: Film Train et Gummy Film
Société de distribution: Lotte Entertainment
Casting principal: Kim Yoon Seok (Choi Hae Kap), Park Sa Rang (Choi Na Rae), Han Ye Ri (Choi Min Joo), Baek Seung Hwan (Choi Na Ra), Oh Yeon Soo (Ahn Bong Hee), Kim Sung Kyun (Bong Man Deok), Kim Tae Hoon (professeur principal de Min Joo), Joo Jin Mo (agent), Jung Moon Sung (agent)

Choi Hae Kap est un réalisateur de films qui est très critique envers le gouvernement. Malgré le peu de succès de ses films, il possède une petite fanbase. Jugé subversif par le gouvernement, il est surveillé par celui-ci depuis longtemps. Quelques agents se renseignent donc quotidiennement sur lui notamment en jugeant ses convictions communistes. Il est marié à Ahn Bong Hee qui le soutient dans ses choix de vie. Lorsqu’elle était étudiante à l’université, elle a fait partie du mouvement de résistance contre le gouvernement. Tous les deux ressentent toujours la même idéologie. Ils étaient surnommés Choi Guevara et Jeanne d’Arc à l’époque. Ils possèdent un petit commerce qui semblerait être une maison de thé. En tout cas, on n’y voit jamais aucun client. Il leur est donc difficile de subvenir à leurs besoins.

Leur famille est composée de trois enfants. La plus grande, Choi Min Joo, a arrêté le lycée. Elle prend des cours de stylisme en tentant l’entrée d’une école tout en travaillant à temps partiel dans une épicerie. Son ancien professeur principal vient souvent la voir pour prendre de ses nouvelles. Il a manifestement le béguin pour elle. Le cadet, Choi Na Ra, est un collégien. Il se sent délaissé par son père au point de fuguer (et en prévenant pour que son père puisse avoir l’occasion de réagir…). Lorsqu’il voit des personnes victimes de harcèlement ou qu’il en est lui-même victime dû à ses conditions familiales, il est prêt à en découdre, notamment poussé par son père. La benjamine, Choi Na Rae, est une écolière. Elle est adorable et aime beaucoup sa famille.

La famille vit plutôt pauvrement sans pour autant manquer de choses essentielles. Le père est souvent envoyé en prison – quelques nuits ? quelques mois ? – en raison de ses actions alors c’est surtout la mère qui soutient financièrement la famille mais cela ne suffit pas à payer les factures courantes. Un ami d’enfance des parents, Bong Man Deok, est propriétaire d’une petite maison située sur une île très isolée. Cette dernière a été vendue à un membre du Congrès qui compte tout raser pour y bâtir une station touristique. Bong Man Deok retrouve Choi Hae Kap et Ahn Bong Hee pour essayer de faire changer d’avis l’homme politique et ainsi récupérer son bien.

Après diverses péripéties, la famille de Choi Hae Kap déménage dans l’ancienne maison de Bong Man Deok sans leur aînée. Celle-ci est partie habiter chez une amie pour travailler sur sa pièce de design lui permettant d’obtenir son diplôme. Officiellement, la maison tout comme l’île appartient au membre du Congrès. Cependant, Choi Hae Kap ne se considère pas comme un citoyen coréen car il est contre le système et il ne reconnaît donc pas l’autorité. La maison est sommaire, sans électricité ni eau courante. Toutefois un générateur et des pompes font circuler de l’énergie et de l’eau. La famille peut ainsi vivre sans avoir à payer quoi que ce soit au gouvernement. Ils se nourrissent de plantations qu’ils cultivent dans les champs et de poissons que le père pêche. L’île est principalement composée de seniors mais ceux-ci sont encore très actifs, que ce soit aux champs ou à la pêche.

La famille vit chichement mais semble heureuse. Les enfants et leur père se rapprochent et partagent des moments complices. La mère prend en charge l’éducation des enfants car l’école de l’île n’accueille que deux petites filles sans aucun professeur. Ils s’amusent ensemble ainsi qu’avec les résidents de l’île et les deux agents surveillant Choi Hae Kap depuis le début. Ils sont en effet contraints de continuer leur filature tout comme ils ont dû assister précédemment à la projection d’un des films du réalisateur. Le duo apporte notamment de l’humour dans plusieurs situations.

Le bonheur que la famille éprouve est cependant menacé. En effet, l’île est vendue et l’homme politique n’a aucunement l’intention de renoncer à son projet de reconstruction. S’il est vrai que l’île est composée principalement de personnes âgées, celles-ci apprécient leur vie ici. La plupart des résidents se sont fait bernées par les belles paroles du politicien. Choi Hae Kap n’a aucunement l’intention de laisser le membre du Congrès détruire cette île et son habitation. Avec l’aide des personnes qui l’entourent depuis le début du film, il défendra ses possessions jusqu’au bout.

Choi Hae Kap est prêt à tout pour défendre ses libertés, sauf à sacrifier sa famille. Il la protégera quoi qu’il lui en coûte. Cependant, sa femme n’a pas besoin de l’être et sera comme depuis toujours son soutien. Avec ce film, la réalisatrice adresse un point de vue critique sur la croissante incessante de la Corée du Sud en l’opposant à une vie paisible. (Dans une certaine mesure, on peut retrouver ce regard dans sa production Little forest.) Les personnages sont agréables à suivre, qu’ils soient principaux ou secondaires. Le film dure peut-être un peu trop longtemps, l’intrigue est longue à mettre en place avant d’arriver sur cette île isolée. Cependant, cela permet de bien situer les enjeux sociétaux et la critique gouvernementale. Je reste toutefois perplexe par rapport à la scène d’ouverture du film qui annonce le dénouement n’est pas celle de fin.

Ressenti : ★★★☆☆

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[K/Th/S-Movie] Final recipe

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Final recipe

Titre original: 파이널 레시피
Titres alternatifs: Cooktales
Pays: Corée du Sud/Thaïlande/Singapour
Genres: Drame, Nourriture
Durée: 97 minutes
Sortie: 21 Septembre 2013
Réalisatrice: Kim Gina
Scénariste: George Huang
Producteurs: Yeonu Choi, Jeong Tae Sung, Steven Nam, Gina Kim
Compositeur: Mok Young Jin
Directeurs de la photographie: Kim Young Ho, Kim Jun Young
Compagnies de production: CJ Entertainment, Bang Singapore, Grand Elephant
Casting principal: Michelle Yeoh (Julia Lee), Henry Lau (Mark), Chin Han (David Chen), Chang Tseng (Hao)

Le film Final recipe est une coproduction internationale. La réalisatrice Gina Kim est coréenne, les sociétés de production sont coréenne, thaïlandaise et singapourienne, les acteurs parlent le mandarin et/ou l’anglais et le casting est international (chinois, américain, canadien, japonais, russe…). De plus, le film a été projeté pour la première fois lors du festival international du film San Sebastián en 2013 et a par la suite fait partie de la sélection officielle de plusieurs festivals. L’histoire est assez classique et peut ainsi se comprendre internationalement même si la culture asiatique est prégnante.

Le restaurant singapourien du grand-père de Mark risque la faillite. Sa santé est par ailleurs déclinante. Mark voyage secrètement jusqu’à Shanghai pour participer à un concours culinaire. S’il remporte la victoire, il gagnera assez d’argent pour facilement éponger les dettes du restaurant. Mark prend la place d’un participant qui ne s’est pas montré et doit impressionner la productrice Julia Lee et le chef cuisinier, son époux, David Chen. Mark est un jeune homme qui a grandi dans la cuisine de son père et de son grand-père Hao. Il apprécie les vertus de chaque aliment et il possède un talent indéniable pour combiner les saveurs. En participant à ce concours, il est autant enchanté de cuisiner que d’avoir une chance d’aider son grand-père.

Le concours culinaire est séparé en plusieurs parties. La présentatrice Julia Lee dirige l’émission, elle est secondée par un animateur qui met de l’ambiance. De plus, divers juges viennent superviser les concurrents. Dans la première partie, les participants qui arrivent à impressionner les juges par leur omelette sont qualifiés. Les parties suivantes sont réalisées en équipe. Celles-ci sont composées au hasard mais suivent les candidats jusqu’aux portes de la finale. L’équipe de Mark est évidemment faite de personnes au caractère bien trempé qui s’oppose sur plein d’éléments. Ils finissent évidemment par apprendre à travailler ensemble même si tout s’opère rapidement. Les quatre membres de l’équipe s’affrontent alors pour avoir la chance de participer à la finale. Quelques difficultés entachent le parcours de notre héros mais il n’y a jamais aucun doute sur le vainqueur final. Vu le niveau de compétition, la dernière manche m’a toutefois étonnée par les raisons d’éliminer les candidats. Le dernier duel voit alors Mark et le chef mondialement connu David Chen s’affronter.

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David Chen, Julia Lee et Mark

A travers cette compétition, le film sublime la nourriture. Divers mets sont mis en avant et les plats préparés ont tous l’air succulents. Différents types de candidats s’affrontent, certains sont diplômés d’écoles prestigieuses tandis que d’autres cuisinent chez eux. De même, il y a des plats sophistiqués et d’autres plus simples, comme de la nourriture de rue. Cela n’a pas d’importance tant que le goût est là.

Le film n’est cependant pas seulement centré sur la nourriture, il laisse une belle part à la famille. Le grand-père de Mark n’approuve pas que celui-ci s’intéresse à la cuisine. Il aimerait le voir devenir ingénieur. Hao a élevé son petit-fils après le départ de son père et ne veut pas revivre une douloureuse perte ce qui lui fait prendre une décision hâtive. Le père de Mark n’a jamais cessé de chercher son fils pendant toutes ces années. Leurs retrouvailles sont émouvantes mais bien que non surprenantes. A travers son voyage, Mark découvre ses aptitudes et son héritage culturel.

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Mark lors de la demi-finale

Finale recipe ne présente pas un scénario innovant mais il raconte une jolie histoire de réconciliation familiale tout en proposant de succulentes images. En bref, le plaisir est essentiel à la création d’un plat comme vous l’éprouverez en visionnant ce film. Dernier conseil : à ne pas regarder le ventre vide !

Ressenti : ★★★★☆

Trailer :

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[K-Movie] Little Forest

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Little Forest

Titre original: 리틀 포레스트 / Liteul Poreseuteu
Basé sur le manga Little Forest de Daisuke Igarashi
Pays: Corée du Sud
Genres: Drame, Nourriture
Durée: 103 minutes
Sortie: 28 Février 2018
Réalisatrice: Yim Soon Rye
Scénariste: Hwang Seong Gu
Productrice: Jenna Ku
Compositeur: Lee Jun Oh
Directeur de la photographie: Lee Seung Hoon
Compagnie de production: Watermelon Pictures
Société de distribution: Megabox Plus M
Casting principal: Kim Tae Ri (Hye Won), Ryu Jun Yeol (Jae Ha), Jin Ki Joo (Eun Sook), Moon So Ri (mère de Hye Won)

Hye Won est une jeune femme résidant à Séoul. Elle a tenté à plusieurs reprises l’examen de certification des enseignants tout en travaillant dans une petite épicerie pour subvenir à ses besoins. Elle se nourrit d’aliments industriels ou achetés dans des food trucks. Elle n’est pas très heureuse de sa vie. Après un énième échec à son examen, elle en assez de cette existence citadine et retourne alors dans son petit village natal. Celui-ci est principalement composé de personnes âgées cependant ses deux amis d’enfance, Jae Ha et Eun Sook, vivent toujours là. Le premier a aussi tenté l’aventure citadine mais il lui a préféré la campagne où il possède plusieurs plantations. La seconde travaille dans une banque dans une petite ville proche et rêve de quitter ce village. Quant à Hye Won, elle cherche toujours sa place. En embrassant un style de vie rural lent et proche de la nature, elle se rapproche de sa mère en préparant les plats de cette dernière, et elle découvre des choses sur elle.

I came because I am hungry.

En quittant Séoul, Hye Won a fui ses problèmes. Dans son village natal, elle passe des journées paisibles, à préparer des repas avec des ingrédients cultivés naturellement. Les plats que préparent Hye Won sont une occasion pour elle de se rappeler des jours heureux avec sa mère désormais absente. La nourriture est absolument sublimée. Les étapes de fabrication des plats sont montrées, avec parfois des explications sur les raisons de l’utilisation des ingrédients et leur signification. Chaque plat est accompagné de gros plans et est bien sûr mangé, principalement par la protagoniste, mais parfois aussi par ses amis.

En outre de faire une belle part à la nourriture, le long-métrage s’intéresse au passage des saisons. Chaque plat est réalisé avec des ingrédients de saison. Hye Won prend du plaisir à vivre le moment présent. A travers tout ce qu’elle prépare, elle se remémore divers souvenirs partagés avec sa mère. Elle envisage aussi l’avenir car les ingrédients qu’elle cuisine n’arrivent pas seuls dans son assiette. Elle les cultive et il s’agit d’une tâche ardue. Il faut penser aux événements climatiques et aux moments propices, que ce soit pour semer, protéger, ramasser, etc. Cependant, chaque ingrédient cueilli est délicieux et à un goût naturel, bien loin de celui-ci industriel de la nourriture des supermarchés. La croissance des plants est un miroir symbolique de la renaissance Hye Won. C’est dans un hiver froid qu’elle revient dans sa terre natale, où elle commence à reconstruire sa vie avec incertitude. Cependant, ce n’est qu’en été qu’elle commence à récolter les fruits de son travail.

La réalisation sublime la nature et la nourriture qui sont indubitablement liées. L’héroïne est rarement montrée en train de cuisiner, c’est plutôt ses actions qui le sont. Par ailleurs, chaque plat final est vu en gros plan. Sans oublier ensuite sa dégustation. De nombreux paysages sont aussi aperçus au fil des saisons. Que ce soit de larges plans sans âme humaine ou alors où l’héroïne est vue de loin ou bien des gros plans sur des fleurs ou des animaux, la nature apparaît si belle. Elle est réaliste et fait écho à cette douceur renvoyée par le film. Il est très lent, respectueux de toute forme de vie.

Kim Tae Ri incarne avec sensibilité l’héroïne et possède une belle alchimie avec ses partenaires Ryu Jun Yeol et Jin Ki Joo. Moon So Ri n’est que peu présente mais offre une interprétation poignante.

Little Forest offre une histoire simple où l’héroïne cherche à se faire une place dans le monde. Avant de pouvoir affronter ses problèmes, elle trouve du réconfort dans la nourriture qu’elle prépare avec des ingrédients naturels. Le film explore le questionnement de la finalité de sa vie et le fait qu’il est possible d’échouer et de trouver d’autres rêves. Il vous donnera sans aucun doute le sourire aux lèvres et rendra votre cœur et votre esprit légers.

Comme annoncé dans sa présentation, la réalisatrice Im Soon Rye est une protectrice des animaux. Végétarienne depuis longtemps, la nourriture est pour elle liée à l’idée de santé et d’éthique. Dans Little forest, aucun plat préparé ne présente de viande. L’actrice Kim Tae Ri a raconté à quel point elle était impliquée dans le respect de la nature dans une interview.[1] Il y a beaucoup d’insectes et d’animaux dans le film. Petite anecdote de tournage : lors d’une scène, Hye Won enlève une chenille de son amie. L’actrice a dû lancer l’insecte. Pour cela, l’équipe avait préparé une couverture pour qu’elle atterrisse dessus. Personne ne se souciait de son jeu mais toute l’équipe témoignait de l’attention pour la chenille. De plus, si une mouche venait sur le plateau, ils ne les attrapaient pas, ils attendaient juste qu’elles partent.

L’origine de Little Forest est un manga du même titre, écrit et dessiné par Daisuke Igarashi en 2004. Il a été adapté en film live japonais en 2014. Séparé en deux parties suivant les saisons, il possède le double de temps que le film coréen. Im Soon Rye a vu le film avant de découvrir le manga et a été impressionnée par la façon dont la nature avait le pouvoir de réconforter les gens. [2] En l’adaptant, elle a voulu offrir aux jeunes coréens une opportunité de découvrir ce qui est important pour eux, en leur donnant la possibilité de se détendre un peu au milieu de toute la compétition à laquelle ils doivent faire face. La société coréenne est dans une culture du rapide (빨리빨리) contrairement à celle japonaise qui donne le temps d’observer ce qui se passe à l’écran. Des choix scénaristiques ont dû être faits, que ce soit pour s’adapter à l’audience coréenne, mais aussi à la réduction du temps de film. Ainsi la version japonaise permet par exemple d’explorer plus en détail la préparation des plats.

Ressenti : ★★★★★

Trailer :

Sources :
[1] Interview de Kim Tae Ri sur KoBiz
[2] Interview de Im Soon Rye sur Sinema

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[K-Movie] The recipe

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The recipe

Titre original: 된장 / Doenjang
Pays: Corée du Sud
Genres: Mystère, Romance, Drame, Nourriture
Durée: 107 minutes
Sortie: 21 Octobre 2010
Réalisatrice: Lee Seo Goon
Scénaristes: Lee Seo Goon, Jang Jin, Bae Se Young
Producteurs: Kim Jin Young, Jin Jang, Choi Tae Young
Compositeur: Han Jae Gwon
Directeur de la photographie: Na Hui Seok
Compagnie de production: Film It Suda
Distribution: CJ Entertainment
Casting principal: Ryu Seung Ryong (Choi Yoo Jin), Lee Yo Won (Jang Hye Jin), Lee Dong Wook (Kim Hyun Soo), Jang Joon Nyoung (Goo Jin Man)

Sur le point d’être exécuté, les derniers mots d’un condamné à mort sont : « J’aimerais manger du doenjang jjigae. ». Ce plat épicé est un ragoût de pâte de soja fermenté. Le producteur de télévision Choi Yoon Jin s’intéresse à cette histoire et fait des recherches pour un reportage. Il trouve le restaurant où cet homme a mangé ce plat, et surtout, où il a été arrêté. En effet, le ragoût était si délicieux que le tueur en série a oublié qu’il était en cavale. Le journaliste continue ses recherches et découvre qu’une femme, Jang Hye Jin, est à l’origine de ce merveilleux plat.

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Le reportage sur le condamné à mort prend alors une autre direction : retrouver Jang Hye Jin et découvrir la recette de ce fabuleux ragoût de pâte de soja fermenté. En effet, la jeune femme n’était que de passage dans ce restaurant et lorsqu’elle est partie, personne n’a gardé un moyen de la contacter. Le nom du film prend alors tout son sens, Doenjang en version originale, qui est le nom du plat. La traduction The recipe est bien choisie puisque la recette est au cœur du film.

Je vous avoue que je ne savais pas trop à quoi m’attendre en commençant ce film mais certainement pas à ce que j’ai vu. Le résumé parlait d’un détenu prononçant les mots cités plus haut mais il sert juste à lancer l’intrigue du film. Le sujet principal est vraiment cette recette. Cependant, elle cache une autre histoire, celle de la romance dramatique entre Jang Hye Jin et Kim Hyun Soo. J’avais aussi regardé le casting du film avant de le commencer et l’arrivée tardive des deux autres protagonistes m’a surprise. Jang Hye Jin n’apparaît qu’à la seizième minute, lorsque les recherches de Choi Yoo Jin le mènent à quelqu’un qui lui parle d’elle. Mais ce n’est qu’à la soixantième minute qu’apparaît Kim Hyun Soo ! Soit plus de la moitié du film ! J’ai donc trouvé le temps assez long pendant la première partie du film, certainement en partie parce que je m’attendais à autre chose. Toutefois, la seconde partie rattrape largement cela en proposant une jolie histoire d’amour – certes tragique – et une résolution intéressante aux mystères amorcés dans la première partie.

Choi Yoo Jin part ainsi à la recherche de Jang Hye Jin. En menant son enquête, il découvre peu à peu d’infimes détails. Il va d’un lieu à un autre, d’une personne à une autre, ce qui n’est pas forcément passionnant. Les personnages sont interviewés, certains sont des scientifiques et parlent des molécules contenues dans le ragoût, d’autres sont des connaissances, et abordent la personnalité de Hye Jin, que ce soit réel ou fantasmé. Quelques secrets de la recette lui sont révélés : un sel particulier est utilisé, tout comme l’eau et les haricots. Ils ne sont pas cachés au reste du monde mais un long processus est nécessaire pour obtenir la saveur souhaitée. Mais ce n’est pas tout. La fermentation est un élément clé de la recette comme un mystérieux ingrédient. Tout comme les éléments naturels tels que le soleil, le vent, le bruit des criquets…

Tout en découvrant ces informations, il apprend aussi des choses sur Jang Hye Jin. Cette jeune femme est très silencieuse. Sa mère était propriétaire d’un restaurant de ragoût à base de pâte de haricots et lorsqu’elle est décédée, sa fille a décidé de continuer sur cette voie. Pour cela, elle est en partie en quête du secret de sa recette. Elle a rencontré Kim Hyun Soo, le petit-fils d’un riche propriétaire d’un vignoble originaire du Japon. Une jolie romance naît entre eux deux, passionnés par leur fabrication respective, l’un de son vin, l’autre de son ragoût, même si elle est menacée par la famille de Kim Hyun Soo. Jang Hye Jin veut faire goûter son ragoût à ce dernier mais un long temps de préparation (plusieurs mois) est nécessaire, pour réunir tous les ingrédients et qu’ils soient parfaits.

Le film est donc une longue enquête pour percer les secrets de cette recette mystérieuse. A la fin, ils sont connus mais du mystère persiste notamment autour de Kim Hyun Soo. Son surnom est 도깨비 soit dokkaebi, un gobelin. Pendant les fêtes du village, il portait un masque de gobelin comme celui ci-dessus. Dans le folklore coréen, le gobelin est une créature farceuse possédant des pouvoirs surnaturels et protégeant des objets ou des lieux des humains mal intentionnés. La fin est donc laissée à l’interprétation du spectateur, était-ce seulement un rêve ?

Le film raconte une histoire simple sublimée par la nourriture. L’enquête révèle une histoire d’amour où le partage, notamment de ce plat qu’est le doenjang, est au centre. Si le début ne m’a pas enthousiasmé, j’étais tout de même curieuse d’en découvrir plus sur ce plat. Mais c’est voir la romance entre Hyun Soo et Hye Jin qui m’a le plus plu. La réalisation permet de montrer des paysages de campagne et des préparations culinaires réalisées avec passion. Chaque doenjang préparé par Hye Jin est divin et cela se voit par la façon dont s’est filmé. Par exemple, le criminel est arrêté dans un paysage hivernal, avec de la neige qui tombe. Il est en train de manger de façon normale pendant que les policiers accourent autour de lui en slow-motion. Les effets spéciaux m’ont par contre fait rire, lorsque l’on voit par exemple un personnage voler car il est transporté par l’odeur du plat. Une séquence d’animation est insérée à l’intérieur du film, racontant l’histoire d’un autre personnage, lié à Hye Jin. J’ai bien aimé la façon dont cela est raconté.

Ressenti : ★★★☆☆

Trailer :

Avis·Films·Les femmes coréennes dans la production audiovisuelle

[K-Movie] The widow

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The widow

Titre original: 미망인 / Mimangin
Pays: Corée du Sud
Genre: Mélodrame
Durée: 75 minutes / 90 minutes
Sortie: 02 Avril 1955
Réalisatrice : Park Nam Ok
Scénariste: Lee Bo Ra
Producteurs: Lee Bo Ra, Jeon Chang Geun
Directeur de la photographie: Kim Yeong Sun
Compositeurs: Jo Baek Bong et Kim Yong Hwan
Compagnie de production: Sister Productions
Casting principal: Lee Min Ja (Shin Ja), Lee Seong Ju (Ju), Lee Tak Kyun (Taek), Na Shim Ae (Jin), Shin Dong Hun (M. Lee), Park Yeong Suk (Mme Lee), No Kang (Song), Bang Ja Young (Sook)

There was a widow in the neighborhood. She was a sunflower even in the face of hardship.

Le film introduit assez rapidement tous les personnages principaux en exposant leurs diverses relations. Je vais vous les présenter chronologiquement, en décrivant parfois quelques scènes pour bien tout mettre en situation.

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Lee Shin Ja

Lee Shin Ja est une jeune veuve qui élève seule sa fille Ju, la guerre lui ayant pris son mari. Elle éprouve des difficultés financières notamment pour les besoins de son enfant. En effet, cette dernière ne veut pas retourner à l’école car elle doit donner de l’argent à sa professeure. Son voisinage est composé d’un homme veuf, Monsieur Song, qui donne l’impression de se soucier de la famille mais que Shin Ja semble ignorer et d’une femme plus jeune qu’elle, Sook, qui dispose d’un peu plus d’argent et qui peut volontiers lui en prêter.

Lee Shin Ja a été mariée et a une enfant, il est donc de son devoir de subvenir aux besoins de sa famille et de tout sacrifier pour elle, y compris son bonheur. Pourtant, Lee Shin Ja défiera les codes confucéens en vigueur à l’époque. Elle est remarquée par sa beauté et le spectateur peut la voir contempler son joli visage dans un miroir à plusieurs reprises en touchant ses joues. Regarde-t-elle sa beauté qui se fane peu à peu et dont elle doit tirer profit avant que ce ne soit le cas ? Repense-t-elle à son passé plus heureux ?

Madame Lee est une femme plus sophistiquée. Elle accuse Lee Shin Ja de s’amuser avec son mari et elle lui demande de le laisser tranquille. La veuve ne se justifie pas avant de finir par se défendre avec l’aide de ses voisins. Monsieur Lee est simplement un ami de son défunt mari.

Shin Ja rencontre alors Monsieur Lee pour lui expliquer la situation. Ils se promènent et déjeunent ensemble dans un petit temple. L’homme lui offre de l’argent pour subvenir à ses besoins. Shin Ja ne promet rien à Monsieur Lee et aucun geste déplacé n’est montré, cependant elle accepte son argent sans rechigner.

Shin Ja est à la plage avec sa fille et sa voisine. Ju s’amuse dans l’eau tandis que sa mère la surveille distraitement, toute habillée sous une ombrelle. Madame Lee est elle aussi à la plage, accompagnée d’un jeune homme du nom de Taek. Il lui apprend à nager, il la touche, il n’y a aucun doute sur le fait qu’il soit son amant. Shin Ja discute avec Sook tandis que sa fille disparaît sous l’eau. Heureusement, Taek la voit et la sauve. La mère s’inquiète enfin du sort de son enfant mais elle la cherche sur la plage de manière très mesurée. Lorsqu’elle la retrouve, elle la prend calmement dans ses bras tout en remerciant son sauveur.

La première rencontre entre Taek et Shin Ja fait des étincelles ce qui n’est pas au goût de Madame Lee (qui, rappelons-le, est allée voir Shin Ja pour lui dire d’arrêter de tourner autour de son mari). La relation entre Monsieur et Madame Lee n’est pas non plus au beau fixe puisqu’il a des preuves de son infidélité avec des photographies des deux amants sur la plage. Monsieur Lee demande alors l’avis de Shin Ja, lui disant qu’il va divorcer, et espérant qu’elle puisse retourner ses sentiments. Shin Ja lui conseille plutôt de pardonner à sa femme. De la même manière, Taek est subitement pris de remords sur sa relation avec Madame Lee et rompt avec elle.

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Shin Ja et sa fille Ju

Taek et Shin Ja sont alors libres de s’aimer si ce n’est la présence de Ju. Taek était surtout intéressé par l’argent de Madame Lee (qui elle-même demandait de l’argent à son mari). Avec Shin Ja, c’est pour sa beauté. Quant à cette dernière, tomber amoureuse lui offre de plus jolies perspectives d’avenir que d’élever seule sa fille. Les relations se font et se défont par appât de gain et séduction. Ju se montre opposée à la relation entre sa mère et Taek mais pour le garder, Shin Ja l’enverra habiter chez une autre personne. Taek et Shin Ja sont fiancés – mariés ? – et construisent peu à peu leur bonheur. Ils prennent soin l’un de l’autre et s’offrent des cadeaux. Shin Ja tient désormais un magasin de couture et peut gagner de l’argent.

Cependant, le bonheur est de courte durée. Taek retrouve Jin, son ancienne amante qu’il croyait morte à cause de la guerre. Leur rencontre est très romantique, ils se promènent en barque et dans la forêt, chantent une chanson d’amour et de retrouvailles. Tout est joué. Shin Ja attend son mari à la maison pendant qu’il batifole dans l’herbe avec Jin.

Et ce sera tout.

….

Je plaisante. Enfin, à peine. Le film date de 1955 et la fin est manquante (environ 15 minutes). Par ailleurs, les dix dernières minutes disponibles sont sans son. Il est donc difficile de comprendre ce qu’il se passe. Le spectateur peut toutefois voir Shin Ja boire de l’alcool avec sa voisine alors qu’elle ne pouvait pas avant. Taek et Shin Ja vont certainement devoir se retrouver mais je doute d’une issue heureuse à leur histoire. La fin est donc abrupte et éternellement énigmatique. J’ai cherché longtemps sur le web mais je n’ai trouvé qu’un commentaire sur un forum mentionnant un article de 1955 disant que la fin était très ambigüe.

J’ai trouvé ce mélodrame très intéressant pour découvrir l’époque pendant laquelle le film a été réalisé ainsi que les mœurs sociétales. J’ai parfois eu du mal à comprendre la gestion du temps mais sinon les événements qui se passent sont clairs. Je trouve que les gestes sont lents, voire en désaccord, par rapport aux paroles ou voix, plutôt aiguës (dû au montage ?), notamment dans la scène où Shin Ja perd sa fille sur la plage. Par ailleurs, les personnages sourient et rient beaucoup, avec des sons qui s’entendent fort. Cela fait très maniéré.

Le film est en noir et blanc, avec des images pas toujours d’excellente qualité, mais il est tout à fait regardable. Le début m’a un peu surprise avec la caméra qui est secouée en même temps que le plan avance sur une route mais le reste est plus régulier. Lors d’une séquence, des effets spéciaux sont introduits tels que la superposition et le fondu. La vision féminine de la réalisatrice se voit par plusieurs aspects. Dans les plans, je pense notamment à celui où Shin Ja se prépare à sortir et s’habille en se regardant dans le miroir. Cependant, c’est surtout dans le traitement de la femme que cela se remarque. La voisine de Shin Ja est une prostituée mais le mot n’est jamais ouvertement prononcé et elle n’est jamais condamnée pour ses actions. Le spectateur peut seulement voir qu’elle se fait de l’argent et qu’elle a des hommes autour d’elle. J’ai bien aimé une conversation avec Shin Ja où elle dit qu’elle aimerait bien se marier elle aussi quand elle voit à quel point Shin Ja est heureuse. Cette dernière lui répond seulement qu’un homme (petit ami) et un mari sont deux choses différentes.

La vie Lee Shin Ja est aussi simplement montrée. Elle éprouve des désirs et ceux-ci ne sont pas condamnés. Le veuvage était jusqu’à récemment un état d’isolement sévère pour les femmes. Shin Ja refuse de suivre les codes confucéens en restant loyale à la mémoire de son mari en poursuivant l’amour qui se présente à elle. Elle écarte même son rôle de mère au profit de ce désir. Si personnellement certains actes me choquent (abandonner sa fille), je suis contente de voir la manière dont sont traités les portraits de ces femmes.

Le film montre aussi comment les femmes devaient compter sur leur beauté ou leur intelligence pour pouvoir avoir de l’argent. Madame Lee en dispose car elle a fait un beau mariage, Shin Ja commence en à gagner et peut ouvrir un magasin car son mari lui provide des fonds, Sook en obtient grâce à ses charmes. Toutes seules, leur vie serait bien difficile. Les discussions autour de l’argent sont aussi très importantes. Au sortir de la guerre, l’argent manquait, et encore plus pour les femmes, surtout si elles voulaient être indépendantes. La réalisatrice a aussi beaucoup souffert pour récolter de l’argent pour produire son film.

Il est à regretter que la carrière de Park Nam Ok se soit arrêtée à ce seul film. Il n’a pas eu de succès commercial mais il n’en a pas eu les chances en même temps. Il a été diffusé dans un seul cinéma parce qu’elle était une femme et seulement pendant quatre jours.

L’indépendance des femmes se traduit aussi par les actions et les vêtements qu’elle porte. Au début du film, Lee Shin Ja est en tenue traditionnelle coréenne alors que sa voisine plus libérée porte des pantalons. Au fur et à mesure de ses choix et de l’avancée de sa relation avec Taek, ses tenues vestimentaires changent. Les femmes sont aussi vues en train de boire et de fumer.

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Shin Ja et sa voisine

Je terminerai avec une discussion entre Taek et Jin lors de leurs retrouvailles.

Jin : Je vais trouver un travail.
Taek : La place d’une femme est à sa maison.
Jin : Que c’est démodé !
Taek : C’est parce que je t’aime.
Jin : Nous ne pouvons pas vivre d’amour.

Jin est indépendante, cela ne dérange pas vraiment Taek puisqu’ils finissent par s’embrasser.

J’espère que cet avis vous aura convaincu à regarder ce film qui est très intéressant sur la vie des femmes durant la période post-guerre. J’avoue qu’en lui-même, cela reste un mélodrame avec multiples histoires de cœur peu surprenant. Cependant, il faut prendre en compte le contexte de l’époque et surtout qu’il s’agit du premier film réalisé par une femme. Si vous avez envie de le voir, il est disponible gratuitement et légalement en anglais sur le channel Youtube de Korean Archive Film (lien direct).

Ressenti : ★★★☆☆