Avis·Films·Les femmes coréennes dans la production audiovisuelle

[K-Movie] The exclusive: beat the devil’s tattoo

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The exclusive: beat the devil’s tattoo

Titre original: 특종: 량첸살인기 / Teukjong: Ryangchensalingi 
Titres alternatifs: Journalist, Scoop: Liang Chen murder record, Exclusive: the Ryangchen murders
Pays: Corée du Sud
Genres: Thriller, Investigation
Durée: 125 minutes
Sortie: 22 Octobre 2015
Réalisatrice: Roh Deok
Scénariste: Roh Deok
Producteurs: Han Jae Rim
Compositeur: Jo Yeong Wook
Directeur de la photographie: Park Yong Soo
Sociétés de production: Woojoo Film, Vanguard Studio
Société de distribution: Lotte Entertainment
Casting principal: Jo Jung Suk (Heo Moo Hyuk), Lee Ha Na (Soo Jin), Lee Min Sook (Directrice Baek), Bae Sung Woo (Chef Oh), Kim Eui Sung (Directeur Moon), Tae In Ho (Chef d’équipe Yoo)

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The exclusive: beat the devil’s tattoo

Dans cette comédie noire, l’avenir du journaliste Heo Moo Hyuk n’est pas très reluisant. Sa vie professionnelle tout comme sa vie personnelle sont au plus bas. Sa femme, Soo Jin, a demandé le divorce alors qu’elle va bientôt accoucher de leur enfant. Il espère la reconquérir et vit en attendant dans un petit studio miteux. Il est sur le point d’être renvoyé car une de ses enquêtes a déplu à ses supérieurs. En effet, elle implique un sponsor de la chaîne pour laquelle il travaille. Un maigre indice écrit sur un bout de papier est son unique espoir de rédemption. Sur cette feuille figure l’adresse d’une source potentielle sur un tueur en série qui sévit actuellement dans les rues de Séoul. Moo Hyuk rend visite à ce témoin et convaincu par ses propos, il entre par effraction dans la demeure du suspect. Il trouve alors une note manuscrite de ce meurtrier. Son ancienne chaîne de télévision est alors très intéressée par ce scoop.

Moo Hyuk devient ainsi un journaliste très apprécié de sa chaîne. Ses supérieurs hiérarchiques, dont la directrice Baek, le poussent à continuer ses reportages. Après la note manuscrite, il se lance dans une course-poursuite du tueur en série ! Le buzz créé par la diffusion des informations sur la chaîne de télévision est énorme et ses parts de marché ne font qu’augmenter. Elle ne veut bien sûr pas laisser filer ce sensationnel profit et compte bien exploiter ce sujet jusqu’au bout. Seulement, il y a un léger problème. Moo Hyuk a continué à mener son enquête personnelle et s’est rendu compte que son exclusivité n’en était pas réellement une. Cependant, avec le succès qu’il rencontre et tout le battage médiatique autour de ses scoops, il ne peut pas révéler la vérité : que tout n’est que fabrication. Le voilà alors qui s’enfonce encore plus dans ses mensonges tandis que le tueur en série ne rôde pas très loin…

Tout comme The whistleblower, The exclusive: beat the devil’s tattoo est un thriller d’investigation où les médias jouent un rôle important. Roh Deok dénonce le monde journalistique tel qu’il peut être perçu désormais à travers cette chasse au scoop. Que cela soit vrai ou faux, peu importe à la chaîne tant qu’elle obtient une exclusivité qui fait parler d’elle. Les journalistes veulent saisir la moindre opportunité qui se présente à eux. Même s’ils sont nombreux sur la même affaire, ils doivent tous la couvrir. Il suffit de regarder les nombreux plans où les journalistes se pressent les uns sur les autres pour pouvoir saisir la moindre bribe de parole.

Quand Moo Hyuk réalise que l’homme qu’il suspectait d’être le tueur en série est innocent, il est trop tard pour faire machine arrière. Trop d’informations ont été diffusées et sa crédibilité est en jeu. Il est coincé et n’a pas d’autre choix que de fabriquer des preuves pour être en avance sur les autres journalistes. Moo Hyuk doit gérer ses mensonges avec ses supérieurs mais aussi avec la police qui le questionne sur l’acquisition de ses preuves et son témoin. Il ne coopère pas avec cette dernière, se cachant derrière les droits et devoirs des journalistes de protéger leurs sources.

La fabrication de ses preuves attire aussi l’attention du véritable meurtrier. Ce dernier est surprenant. En effet, Roh Deok a créé un film se basant sur l’inattendu. L’image du tueur en série peut être assez fixée mais elle ne voulait pas de personnage se décrivant seulement par leur occupation. Elle a ainsi imaginé un personnage avec un sentiment d’imprévu. Elle a développé ce personnage cliché dans une vie ordinaire. [*] Lorsque le visage du tueur est révélé, d’un ton comique et assez léger, le film passe alors dans une atmosphère plus noire et satirique avec un final surprenant.

Même si The exclusive: beat the devil’s tattoo contient des éléments de type thriller, la vue d’ensemble consiste en une énorme blague et une satire. [*]

La fin du film est très noire. L’exclusivité de Moo Hyuk a évolué. En effet, entre ses mensonges et la réaction du public, la vérité est trop profondément enfouie pour pouvoir ressurgir. Les spectateurs se sont faits leur propre opinion, certainement suggérée par les médias qui ont créé cette histoire au gré de leurs suppositions et soit-disant preuves. Les médias ont ainsi un grand pouvoir de persuasion qui peut totalement occulter la vérité. Le final est plutôt glaçant (outre les faits) si l’on considère la brute réalité : le mensonge peut devenir la vérité.

[Avec ce film] je voulais dire que le monde actuel est constitué de jugements et de décisions pris plus rapidement que nécessaire. Lorsque la vitesse domine le monde, nous n’avons pas le temps de vraiment creuser la vérité et donc ce qui n’est pas la vérité devient la vérité. Les gens ne s’intéressent pas non plus à la vérité. Cependant, la vérité existe et nous devons être beaucoup plus actifs pour pouvoir la découvrir. Je voulais montrer le genre de blague qui pourrait se produire lorsque vous recevez passivement les informations données. [*]

Ressenti : ★★★★☆

Trailer :

Sources :
[*] Interview KoBiz

Avis·Films·Les femmes coréennes dans la production audiovisuelle

[K-Movie] Missing

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Missing

Titre original: 미씽: 사라진 여자 / Missing: Sarajin Yeoja
Titres alternatifs: Missing Woman, Missing: Lost Woman, Missing: Missing Child
Pays: Corée du Sud
Genres: Thriller, Mystère
Durée: 100 minutes
Sortie: 30 Novembre 2016
Réalisatrice: Lee Eon Hee
Scénaristes: Hong Eun Mi, Lee Eon Hee
Producteurs: Baek Hyun Ik, Kim Sung Woo
Compositeur: Kang Min Kook
Directeur de la photographie: Kim Sung An
Société de production: Dice Film
Société de distribution: Megabox Plus M
Casting principal: Uhm Ji Won (Lee Ji Seon), Gong Hyo Jin (Han Mae), Seo Ha Nui (Jang Da Eun), Kim Hee Won (Enquêteur Park), Lee Sung Wook (Enquêteur Seo), Jeon Seok Chan (Enquête Nam), Park Hae Joon (Park Hyun Ik), Go Joon (Jang Jin Hyeok)

Missing était dans ma liste à voir depuis sa sortie car j’aime beaucoup les deux actrices principales. Pourtant, j’ai sans cesse repoussé son visionnage. Je me demande vraiment pourquoi puisque j’ai adoré regarder ce film. Missing est un thriller prenant parfaitement mené qui propose aussi – avant-tout ? – une critique sociale. De plus, je ne m’attendais pas à être autant émue.

Lee Ji Seon affronte juridiquement son ex-mari, un docteur, pour la garde de leur fille Jang Da Eun. Techniquement, c’est plutôt sa belle-mère qui souhaiterait élever sa petite-fille. Ji Seon est une employée contractuelle dans une compagnie de production où elle travaille des heures indues. Elle éprouve des difficultés à concilier sa vie professionnelle et son rôle de mère, elle jongle ainsi comme elle peut entre les deux. Elle a cependant récemment embauché une nourrice en la personne de Han Mae, d’origine chinoise, ce qui lui permet de respirer un peu.

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Aux premiers abords, Han Mae semble être parfaite. Bien que jeune et ne parlant pas bien le coréen, elle arrive à calmer facilement Da Eun en lui chantant une berceuse. Elle s’occupe bien de l’enfant, qu’elle semble beaucoup apprécier, la traitant comme si c’était la sienne, tout en préparant aussi des repas pour la mère. Cependant, un soir que Ji Seon rentre tard du travail, Han Mae et Da Eun ne sont pas présentes dans l’appartement. Elle commence alors à s’inquiéter sans pour autant s’affoler. Elle commence par appeler la nourrice sur son téléphone mais celle-ci ne répond pas. Elle recherche alors la personne qui lui a présenté Han Mae et elle va à l’hôpital où Da Eun avait un rendez-vous pour avoir des informations. Tout ce qu’elle apprend ne calme pas son angoisse. La panique monte peu à peu. Il est alors temps pour Ji Seon de se rendre au commissariat de police pour déposer une plainte pour enlèvement. Sa situation actuelle l’empêche cependant d’aller jusqu’au bout puisqu’elle n’est pas en position favorable pour obtenir la garde de son enfant. Débute alors une recherche désespérée pour cette mère effondrée.

Les événements ne sont pas racontés de manière chronologique. L’intrigue principale est suivie sur plusieurs jours, où Ji Seon se décompose de plus en plus. Lors de son enquête personnelle, elle apprend de nouvelles choses sur Han Mae et découvre de nouveaux indices qui pourront peut-être la mener à elle et son enfant. Le passé de la nourrice est peu à peu révélé à travers son investigation. La police finit par être au courant de la disparition de Han Mae mais ce n’est pas grâce à eux qu’elle pourra être retrouvée. Les enquêteurs découvrent les mêmes informations que Ji Seon même si de manière différente. Ils les apprennent surtout grâce à elle puisque la traitant comme possible criminelle, ils enquêtent sur elle à travers visionnage de vidéos et pistage de téléphone. Elle est face à eux à plusieurs reprises, par exemple dans une salle d’interrogation ou dans une voiture de police. Cependant, elle trouve toujours moyen de leur échapper (même si sa position change au fil du film, passant de suspecte à victime). Sans parler d’incompétence de la police, les enquêteurs ne sont pas très doués. Je pense que c’est notamment pour accentuer la détresse de Ji Seon et sa quête éperdue. Heureusement, ils ne l’empêchent pas longtemps de chercher sa fille en se rendant compte qu’il y a peut-être plus derrière cette affaire qu’une mère qui cherche à cacher son enfant pour ne pas le donner à sa belle-famille.

Le mystère est ainsi habilement mené. Les indices apparaissent petit à petit, lors des découvertes de l’héroïne. Le suspense délivré par la réalisation est haletant. Le rythme est rapide et agité, avec des mouvements précipités et une musique prédominante, qui reflètent le désespoir croissant de Ji Seon. Cependant, il y a aussi des moments plus calmes. Certains sont angoissants comme quand Ji Seon attend des nouvelles, d’autres tristes quand l’histoire de Han Mae se dessine, et d’autres chaleureux quand Han Mae est vue heureuse.

L’investigation de Ji Seon et l’histoire personnelle de Han Mae emmènent le spectateur jusqu’aux coins les plus sombres de la Corée. Entre prostitution, trafic d’organes, arnaques (phising), racisme, sexisme… il y a des choses à dénoncer !

La réalisatrice Lee Eon Hee souhaitait dépeindre la réalité des femmes coréennes, comment les circonstances changent à différentes étapes de leur vie et le conflit intérieur subit entre chaque période de transition. Pour l’actrice Gong Hyo Ji (Han Mae), le film est sur deux femmes qui vivent toutes les deux seules dans un monde difficile et qui partagent leurs expériences à travers un facteur commun – l’enfant. Uhm Ji Won (Ji Seon) ajoute que leur pays d’origine et leur vie quotidienne est le résultat de leur environnement mais qu’elles sont fabriquées à partir du même tissu. [*]

Han Mae est une immigrante chinoise qui est venue en Corée du Sud dans l’espoir d’une vie meilleure. Elle a souffert beaucoup de choses, en raison de sa condition sociale et de son sexe. Si Ji Seon ne partage pas la même douleur, elles se ressemblent par bien des aspects. Toutes les deux sont des mères qui chérissent leur enfant, quelle que soit leur vie. Cependant, elles sont aussi, et surtout, des femmes. Comme le dit Uhm Ji Won, le film ne mène pas à un climax maternel. S’il commence par la maternité, il se termine par la féminité. [*] Elles doivent affronter un monde qui ne leur est pas enviable.

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Ji Seon doit sans cesse faire face aux critiques parce qu’elle est une mère célibataire, qui travaille, et simplement parce qu’elle est une femme. Que ce soit par son patron, par son ex-mari, par le juge ou les avocats, tout signe de détresse est vu comme une faiblesse, ou pire encore, de l’hystérie. Elle est continuellement jugée et méprisée pour avoir simplement choisi de divorcer. Elle est considérée comme une mauvaise mère. Han Mae a elle aussi souffert d’abus, révélant notamment les problèmes d’immigration. Le mariage entre des hommes infirmes ou des paysans trop pauvres avec d’autres femmes asiatiques, notamment chinoises, s’est répandu ces dernières années. Ceux-ci sont généralement quadragénaires, pauvres, pas très gâtés par la nature. A cela peut s’ajouter des handicaps psychologiques ou physiques et une belle-famille envahissante qui ne désire que des petits-enfants – un garçon ! Les jeunes filles candidates sont quant à elles jeunes et jolies, pauvres et peu cultivées, ne sachant pas parler coréen et ayant des aspirations personnelles. Elles se retrouvent dans une culture inconnue, sans pouvoir communiquer, l’adaptation est donc très rude. De plus, elles n’ont pas les mêmes droits que les citoyens coréens. Elles dépendent de leur mari pour pratiquement tout. Elles n’ont donc aucun avenir ce qui peut les conduire à des actions désespérées dans les milieux clandestins.

Missing est loin d’être un simple thriller. Ce film dénonce les problèmes de cette société coréenne moderne où les femmes n’ont pas leur place si elles n’appliquent pas un schéma patriarcal archaïque mais malheureusement bien trop établi. La limite entre le bien et le mal est floue. Il est impossible de ne pas comprendre les motivations de ces deux femmes et de ressentir de la compassion pour chacune d’elles. Han Mae a été brisée par la cruauté des autres, de ces personnes profitant d’elle car elle est une femme, pauvre et étrangère de surcroit. Ji Seon survit plus qu’elle ne vit quotidiennement. Ces deux femmes se comprennent à travers cette situation tragique. Elles sont solidaires, dans la maternité, et dans l’adversité de leur condition féminine. Les femmes ne sont pas les victimes ou les faire-valoir dans ce thriller, elles en sont les héroïnes décriant une société les plaçant comme telles.

Uhm Ji Won et Gong Hyo Jin forment un duo formidable. La première incarne une mère en apparence fragile mais déterminée, qui fera tout son possible pour retrouver sa fille. Sa panique s’aperçoit à travers les tremblements de son corps et de sa voix ou de son regard désespéré. Sa résolution transparaît de la même manière, à travers ses cris et son investissement jusqu’à l’épuisement. Gong Hyo Jin incarne une jeune femme qui ne parle pas bien coréen, elle exprime alors ses sentiments avec brio grâce à ses expressions faciales.

Ressenti : ★★★★☆

Trailer :

Sources :
[*] The Korea Herald

Avis·Films·Les femmes coréennes dans la production audiovisuelle

[K-Movie] Pluto

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Pluto

Titre original: 명왕성 / Myungwangsung
Pays: Corée du Sud
Genre: Thriller
Durée: 107 minutes
Sortie: 11 Juillet 2013
Réalisatrice: Shin Su Won
Scénariste: Shin Su Won
Producteur: LxFrancis Lim
Compositeur: Ryu Jae Ah
Directeur de la photographie: Yun Ji Un
Société de production: SH Film
Société de distribution: CJ Entertainment
Casting principal: Lee David (Kim Joon), Seong Joon (Yoo Jin), Kim Kkobbi (Jeong Soo Jin), Kim Kwon (Han Myeong Ho), Nam Tae Boo (Choi Bo Ram), Seon Joo Ah (Kang Mi Ra), Ryoo Kyeong Soo (Park Jeong Jae)

Comment vous parler de ce film ? Je ne m’attendais pas du tout à ce que j’allais voir. Je l’ai visionné il y a presque un mois au moment où je rédige ces lignes et j’ai encore une impression très vive de celui-ci. Son ambiance est très intense et aujourd’hui encore je réfléchis à son sens. Avant de débuter cet avis, commençons par un petit paquet d’alertes de déclencheurs (trigger warnings) : violences psychologiques et physiques, agressions sexuelles, strangulation, dépression, suicide, meurtre, harcèlement scolaire, cruauté animalière. Ah oui, ce film est loin d’être un conte de fées. Pourtant, je l’ai beaucoup apprécié notamment pour sa réalisation technique.

Le casting est impeccable. Je connais Sung Joon depuis des années, j’ai vu plus de la moitié de ses dramas où il incarne surtout un prétendant dans une comédie romantique (Lie to me, I need romance 3, Madame Antoine…). Le registre ne peut donc être plus différent. Je suis aussi familière de Lee David mais je l’ai surtout vu dans des rôles secondaires (Bring it on, ghost, Hotel del Luna). Il incarne ici le rôle titre et sa prestation est convaincante. J’ai aussi croisé quelques autres acteurs et actrices dans des rôles secondaires dans d’autres productions même si la plupart du casting était débutant à l’époque.

Pluto est un thriller psychologique qui amène à réfléchir sur le système scolaire coréen. Le titre coréen est 명왕성 (Myungwangsung), c’est-à-dire Pluton. Le nom français choisi à la sortie de ce film est Suneung qui est le nom de l’examen coréen pour l’admission aux universités. C’est un jour particulier où le pays entier est mobilisé. En effet, cet examen décide de l’avenir de chaque étudiant. Pour permettre son organisation dans des conditions optimales, les horaires des bureaux sont décalés et les policiers sont présents pour aider les étudiants à arriver à destination. Pendant l’examen de langue, les avions ne décollent ou n’atterrissent pas. Le résultat de cet examen peut décider de toute une vie. La pression subie par les élèves est écrasante. L’origine sociale est aussi déterminante puisque les parents payent de nombreux cours particuliers très chers à leur progéniture pour qu’elle puisse réussir.

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Shin Su Won, la scénariste et réalisatrice de ce film, est une ancienne enseignante. Elle a assisté à la destruction mentale des élèves qui sont soumis à cette compétition stressante. Lorsqu’elle marchait dans la rue, quelqu’un lui a parlé de l’éviction de Pluton du système solaire et elle y a vu un parallèle avec la vie des lycéens. [1] Le titre original est donc Pluto, du nom de cette planète qui n’en est plus une. Le personnage de Jun est totalement identifié à Pluton car comme cette ancienne planète exclue du système solaire car elle n’avait pas la bonne forme et était trop éloignée du Soleil, il est un marginal rejeté par les autres. Cette idée n’est pas seulement présente comme métaphore. Le héros est féru de sciences et d’astronomie. Il possède une lunette astronomique qui lui permet d’observer la Lune pour rédiger un rapport scientifique. Cette analyse de la Lune est évoquée à plusieurs reprises pour permettre d’arriver à un climax à la fin du film. Une éclipse solaire a lieu à un moment très important du film et lui confère un certain symbolisme. Une éclipse solaire se produit lorsque la Lune se place devant le Soleil, plongeant alors la Terre dans le noir. Ce noir, associé à cette scène étant à l’apogée du film, semble donner des valeurs mystiques. Je surinterprète peut-être certains éléments mais il est sûr que cette scène est particulière vu comment elle est filmée. Pour ma part, j’y ai vu le renoncement et le désespoir le plus complet. Même lorsque la lumière ressurgit, elle n’apporte pas de renouveau ou d’espoir.

When planets move they sing a song, but we can’t hear it unless we’re in a black hole.

Le message de Shin Su Won peut être difficile à comprendre. Au départ, elle voulait écrire un roman de science-fiction avant de changer d’avis pour un film. En regardant Pluto, elle souhaitait que le spectateur éprouve un sentiment de peur et que la société change. Même si le cinéma ne peut pas changer le monde, elle voulait que le spectateur prenne conscience de ce que ces enfants subissent, ayant grandi dans la plus dure des compétitions. Certains en sont devenus des monstres. [2]

Petit aparté : le système scolaire sud-coréen est souvent dénoncé dans de nombreux films et dramas en se focalisant sur la différence de classe sociale qui engendre une compétition féroce ainsi que sur la pression ressentie. Avec cette phrase de Shin Su Won sur les monstres, cela me fait notamment penser au personnage de Shin Seung Ho dans At eighteen. Il doit exceller, il ressent une pression énorme notamment par ses parents et commet des actes qui ne sont heureusement pas ceux de ce film. Je pense qu’on peut trouver un personnage de ce type dans beaucoup de productions sur le sujet…

Le film commence fort avec la lettre d’un étudiant s’étant suicidé suite au système scolaire sud-coréen l’oppressant. Cette dénonciation est poursuivie tout le long du film par son histoire. Cependant, le film n’est pas une critique sociale mais un thriller psychologique. A noter toutefois le générique de fin à l’opposé de l’ambiance du film avec des images d’archive illustrant le jour du Suneung. Après ce message écrit blanc sur noir, le film se poursuit par une succession de plans rapides de jeunes cagoulés chassant un lapin dans la neige et qui se mélangent à ceux de la poursuite d’un jeune homme finissant tué. Ces images sont filmées par un téléphone portable puisque ce sont les étudiants eux-mêmes qui se filment d’où l’effet saccadé.

Après ce début mystérieux, la police enquête sur Jun, l’ancien camarade de chambre de Yoo Jin, la victime. Le film revient alors dans le passé, Jun arrivant juste dans le lycée et faisant la connaissance de Yoo Jin. La narration se poursuit en alternant scènes du passé et du présent pour montrer comment Jun est devenu ce qu’il est aujourd’hui et pour arriver à la situation explosive du moment.

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Yoo Jin & Jun

Le personnage de Jun est basé sur des étudiants que Shin Su Won a eu. Au départ, l’éducation publique donnait aux étudiants des familles à faible revenu des chances égales. Mais maintenant, les étudiants ne peuvent entrer dans des universités prestigieuses que lorsqu’ils obtiennent des scores élevés en coréen, en anglais et en mathématiques. Elle a rencontré des étudiants qui étaient exceptionnels dans d’autres matières. L’un d’eux était doué informatique et le directeur lui avait demandé de vérifier et de réparer son ordinateur lorsqu’il était hors service. Mais la famille de l’élève était pauvre, la relation entre ses parents s’est détériorée et sa mère souffrait d’un problème mental. L’élève est donc devenu rebelle. Ces étudiants sont devenus le prototype du personnage appelé « Jun ». [3]

Jun est un lycéen passionné de sciences, intelligent et avec de bons résultats scolaires dans son ancien lycée. Lorsqu’il arrive dans ce nouvel établissement, il ne fait pas le poids par rapport aux autres élèves. Il n’a juste pas la chance d’avoir une famille aisée. Sa mère ne peut lui fournir les cours particuliers qu’il désire, rien que l’inscription dans cette école lui a coûté très cher. Il partage sa chambre avec Yoo Jin, le lycéen au sommet de l’établissement dont la place n’est jamais détrônée. Sa famille vit aux États-Unis et il n’a que peu de contact avec elle. Jun essaye d’améliorer ses notes et prend bientôt part à un groupe secret.

L’école regroupe dans une classe spéciale les dix étudiants les plus performants. Ce club d’élite bénéficie d’un  matériel haut niveau individuel et d’un enseignant spécialisé. Ce qui n’est pas le cas des autres étudiants dont le couvre-feu de 22 heures les oblige à étudier dans le couloir où est la seule lumière existante. La compétition est féroce. Le top 10 reste souvent le même mais quelques places peuvent varier changeant ainsi les membres. Toutes les notes des élèves sont montrées dans le hall de l’établissement donc tout le monde peut voir les places de chacun. Et Yoo Jin qui est toujours à la première place. Tous les étudiants visent l’université nationale de Séoul mais les places sont très chères. L’équipe éducative entretient ce climat compétitif et laisse passer  les problèmes pour ne pas ruiner la réputation de l’établissement.

Un groupe secret, constitué d’étudiants de ce top 10, dirigé par Yoo Jin, s’échange des notes de révision pour améliorer leurs résultats aux examens. Jun est bien décidé à en faire partie, quitte à se perdre. En effet, ce groupe n’est pas seulement un groupe de révisions. Appelé « Rabbit Hunt », les membres fondateurs brutalisent les personnes qui ne leur plaisent pas ou qui menacent de prendre leur place. Masqués, ils violentent d’autres étudiants. Ils contrôlent aussi les éventuels élèves qui rejoignent leur groupe. Ceux-ci n’ont pas une vraie place de membre dans ce groupe mais comme ils souhaitent obtenir de meilleurs résultats, ils font ce qui est attendu d’eux. Jun choisit ainsi cette voie et doit effectuer des tâches violentes. Plus les missions se succèdent et plus il participe volontairement. Il arrive ainsi à un tel extrême qu’il ne peut plus faire marche arrière.

Yoo Jin est le leader de ce groupe. De nature distante, il préside au sommet avec des motivations peu claires. Suite à un accident, il prend de moins en moins part aux activités du groupe et n’approuve pas les actions trop violentes. Les autres membres vont alors se rebeller contre lui, en partie parce qu’ils n’approuvent pas le fait qu’il refuse désormais de se venger. Et aussi parce qu’avec une personne en moins au sommet, surtout que Yoo Jin était le meilleur étudiant, cela fait une chance de plus pour entrer à l’université…

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Ce film est perturbant mais laisse une forte impression. Ce mélange de réalisme sur la vie lycéenne, d’enquête policière et de thriller psychologique questionne sur la nature humaine. Les actions de ces lycéens sont violentes mais ne m’ont pas semblée au final si éloignées de la réalité que ça. Cela est perturbant à écrire mais cela pourrait réellement arriver. Les membres du Rabbit Hunt, guidés par Yoo Jin, accomplissent des actes ignobles qu’ils ne regrettent pas. Ils en sont même fiers comme le prouve ce site web regroupant des vidéos de leurs actes. Si l’acte final de Jun est par contre extrême, il n’en demeure pas moins réaliste. Ses gestes s’expliquent tout le long du film avec la montée en puissance de sa détresse et de sa colère. La fin m’a laissée avec une sensation de vide et d’amertume.

La réalisation de ce film m’a impressionnée. Les prises de vue sont très variées et impactent différemment les diverses scènes. Je vous ai déjà parlé de l’ouverture du film mais je n’avais pas mentionné le rapprochement de l’oeil de la victime mettant en scène un court voyage dans l’espace. Celui-ci est aperçu plusieurs fois lorsque les adolescents tentent d’accéder à ce ressenti, celui où ils peuvent écouter le chant des planètes alors que la vie s’échappe de leur corps, en s’étranglant par eux-mêmes ou en étranglant un camarade. Des plans particuliers m’ont aussi marquée, notamment des prises aériennes des murs du lycée donnant sur une cour intérieure où l’on peut voir les murs se resserrer autour des personnages. Ils tentent d’accéder à un autre futur mais ils sont enfermés dans leur classe sociale et ne peuvent en sortir. Ce rêve d’échappatoire s’illustre notamment par la vision de Pluton qui ouvre de nouvelles perspectives. Cependant, toutes les tentatives de Jun échouent. Au final, le film se clôt dans un espace soutterrain où la faible lumière du Soleil disparaît complètement lors d’une éclipse. L’écran est noir, seul le bruit fait écho au silence pour nous expliquer ce qu’il s’est passé.

Ressenti : ★★★★☆

Trailer :

Sources :
[1] Interview de East Asia
[2] Interview de Allons au cinéma avec Tommy
[3] Interview de KoBiz

Avis·Films·Les femmes coréennes dans la production audiovisuelle

[K-Movie] The whistleblower

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The whistleblower

Titre original: 제보자 / Jeboja
Titre alternatif: The informant
Pays: Corée du Sud
Genres: Thriller, Mystère
Durée: 114 minutes
Sortie: 2 Octobre 2014
Réalisatrice: Im Soon Rye
Scénariste: Lee Chun Hyeong
Producteurs: Lee Choon Yeon, Nam Jung Il
Compositeur: Lee Jun Oh
Directeur de la photographie: Park Young Joon
Société de production: Watermelon Pictures
Sociétés de distribution: Megabox Plus M, M-Line Distribution
Casting principal: Park Hae Il (Yoon Min Cheol), Yoo Yeon Seok (Shim Min Ho), Lee Geung Young (Lee Jang Hwan), Park Won Sang (Lee Sung Ho), Ryu Hyun Kyung (Kim Mi Hyeon), Song Ha Yoon (Kim Yi Seul), Lee Mi Do (Kang Hyo Jin)

Entre la vérité et le bien de la nation, quel est le plus important ?

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Le producteur de nouvelles télévisées Yoon Min Cheol cherche une exclusivité pour son programme de journalisme d’investigation PD Chase. Il reçoit un tuyau sur la plus grande clinique de stérilité de Corée du Sud, The Newman Medical, qui achète illégalement des ovules. Lors de son enquête, il découvre que Lee Jang Hwan, un scientifique très connu par ses expériences révolutionnaires de clonage de cellules souches embryonnaires humaines, semble être impliqué dans ce trafic. Il hésite par conséquence à s’attaquer à cette figure puissante qui est considérée comme un héros par le peuple et qui est soutenue par le gouvernement.

Yoon Min Cheol est alors contacté par un informateur anonyme qui affirme que les cellules souches soi-disant créées ne sont qu’affabulation. En effet, les recherches n’ont jamais abouties et les documents ont été falsifiées. De plus, les expériences s’avèrent contraire à l’éthique. Shin Min Ho, le lanceur d’alerte, est un scientifique qui a autrefois travaillé pour Lee Jang Hwan. Il n’a pas pu continuer ses recherches quand il a découvert cela cependant il ne possède aucune preuve. Yoon Min Cheol est alors bien décidé à révéler la vérité au public en dénonçant cette fraude scientifique.

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Le film est basé sur un fait réel. Le scientifique Hwang Woo Suk a acquis une renommée internationale en 2004 après avoir prétendu avoir mené à bien des expériences de clonage de cellules souches embryonnaires humaines. En 2005, le lanceur d’alerte Ryu Young Joon, un ancien chercheur du laboratoire de Hwang, a révélé dans le programme PD Notebook de MBC les violations éthiques de Hwang ainsi que la fabrication des données. Cela a été confirmé par un groupe d’enquête du SNU en 2006. Les recherches de Hwang ont été discréditées. [1]

Quand j’ai pensé à cette histoire pour la première fois, j’avais beaucoup de possibilités pour la raconter. Je pensais pouvoir la dire d’un point de vue très scientifique, détaillant la façon dont la recherche sur les cellules souches pouvait être manipulée et fabriquée. Mais j’ai finalement décidé que je voulais la dire du point de vue d’un journaliste déterminé qui se bat pour faire connaître la vérité. J’ai essayé de rester aussi précise que possible sur la chaîne réelle des événements. En fait, les incidents eux-mêmes me semblaient tellement plus scandaleux, tellement que je sentais que je devais les atténuer pour mon film. Seuls deux aspects de ce film sont complètement fictifs […]. – Im Soon Rye [2]

Le sujet me semble plutôt bien respecté bien que romancé. Le film veut porter l’attention sur les médias. En effet, il montre son pouvoir. Le public croit inconditionnellement ce qui lui est montré. Les journalistes possèdent le devoir de montrer la vérité mais ils peuvent aussi la manipuler et ainsi contrôler les masses.

Chercher la vérité n’est pas important. Ce qui est important, c’est que les gens le croient déjà.

Le sujet de Yoon Min Cheol le mène à enquêter toujours plus loin. Il est d’abord parti d’un trafic d’ovules avant de s’attaquer à une fraude scientifique. Il est secondé par Kim Yi Seul dans son enquête. Le récit de Shin Min Oh dont il souhaite garder l’identité secrète pour le protéger n’est pas suffisant pour révéler la vérité car ils n’ont aucune preuve. Son enquête le mène à s’opposer à Lee Jang Hwan qui n’a pas gagné sa position actuelle sans donner de lui-même. Il a des liens avec des personnes puissantes – ah la corruption coréenne ! – qui lui fournissent des informations lorsque Yoon Min Cheol s’approche d’un peu trop près. De plus, ce dernier doit aussi obéir à ses supérieurs qui n’approuvent pas toujours ses recherches. Yoon Min Cheol est confronté plusieurs fois au choix d’abandonner son reportage mais il doit la vérité au public même si celui-ci le décrie.

La position de Shin Min Ho n’est pas non plus enviable. Sa fille est souffrante et les recherches de clonage de cellules souches embryonnaires humaines pourraient lui sauver la vie. Cependant, il sait que les expériences ont été trafiquées et il ne pas passer outre. Sa femme est elle aussi scientifique dans le même centre de recherche et leur relation prend un coup quand il décide d’être le lanceur d’alerte. Tout comme Yoon Min Cheol, il hésite à plusieurs reprises jusqu’à être même prêt à révéler son identité pour dénoncer cette supercherie. Un lanceur d’alerte ou whistleblower est une personne qui expose des informations secrètes lorsqu’elle a connaissance d’un danger ou d’un scandale. Elle prend des risques pour la cause qu’elle défend puisqu’elle met en jeu sa vie personnelle et qu’elle peut être poursuivie pénalement. Shin Min Ho met en péril son couple et sa carrière tout comme Yoon Min Cheol…

La vérité doit passer avant l’intérêt national, car la vérité sert finalement les intérêts nationaux.

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Le film est sérieux et présente des tons sombres. Les personnages sont souvent graves. Il suffit de voir la palette de couleurs et les expressions des personnages sur les quelques images utilisées pour cet article. Le casting est impeccable. The whistleblower est un thriller prenant bien que moins épique que le laisse annoncer le trailer (Une minute ne peut se comparer à un film long de deux heures.). Voir des personnes essayant de trouver la vérité et lutter contre la société qui les aliène est toujours un sujet fort intéressant à suivre.

Ressenti : ★★★☆☆

Trailer :

Sources :
[1] Article de la revue nature
[2] Toughts on film

Avis·Films·Les femmes coréennes dans la production audiovisuelle

[K-Movie] The wonder years

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The wonder years

Titre original: 열세살, 수아 / Yeolsesal Soo Ah
Titre alternatif: Thirteen years old
Pays: Corée du Sud
Genre: Famille
Durée: 94 minutes
Sortie: 26 Juillet 2007
Réalisatrice: Kim Hee Jung
Scénariste: Kim Hee Jung
Producteur: Cho Sung Kyu
Compositeur: Kim Jin Man
Directeur de la photographie: Chang Sung Baek
Société de production: Soo Film
Société de distribution: Sponge
Casting principal: Lee Se Young (Soo Ah), Chu Sang Mi (Young Joo), Choi Moo Sung (Yeong Pyo), Kim Yoon Ah (Yoon Sur Young), Yoo Hyun Ji (Ye Rin), Jung Ji Ahn (Eun Ji), Shin Min Gyu (Dae Hyun)

The wonder years, de son titre littéral Soo Ah, treize ans, s’intéresse au passage à l’âge adulte de sa protagoniste. Soo Ah est une adolescente de treize ans en pleine puberté. Affectée par le décès de son père survenu deux ans plus tôt, elle souffre de son absence. Sa mère étant trop occupée à tenir un restaurant pour subvenir à leurs besoins, elle se sent négligée. Soo Ah rêve alors d’une échappatoire à son quotidien.

Il me semble que cette fuite de la réalité prend diverses formes mais elle est surtout synonyme d’une rébellion adolescente. Soo Ah recherche son identité, que ce soit dans l’exploration de sa sexualité, de ses sentiments ou de son origine. Pour cela, elle se révolte contre sa mère.

Soo Ah est une jeune fille plutôt solitaire et renfrognée, qui semble avoir des difficultés à se faire des amis. Elle semble par ailleurs présenter quelques troubles du comportement, comme compter ses pas. Trois relations amicales ou amoureuses sont développées. Si aucune ne lui convient, elles lui permettent de faire ses propres expériences.

Lorsqu’elle aide une camarade de classe, Ye Rin, s’étant fait brutaliser par d’autres collégiennes, cette dernière se rapproche rapidement d’elle. Quelques paroles et rendez-vous suffisent à rendre ces deux adolescentes solitaires amies. Elles sont à l’opposée l’une de l’autre : son amie est jolie, douée à l’école et riche. Cela ne les empêche pas de s’apprécier et de s’amuser ensemble. Soo Ah explore aussi sa sexualité. [SPOILER]Lors d’une nuit où Soo Ah reste dormir chez son amie, alors que celle-ci dort, elle lui caresse tendrement le visage et les cheveux avant de déposer un baiser sur ses lèvres.[/SPOILER]

Lorsque les deux amies rompent le contact en raison d’un malentendu, Soo Ah se rapproche d’une ancienne amie plus âgée, Eun Ji. Celle-ci est une petite délinquante, séchant l’école, et travaillant dans un karaoké. Elle invite des hommes d’âge mur chanter avec elle, ils en profitent pour la peloter contre de l’argent (et plus ?).

La dernière relation qu’elle entretient est celle avec un garçon de son quartier, Dae Hyun. Elle ne l’apprécie pas vraiment mais diverses circonstances font qu’ils se croisent régulièrement. L’adolescent semble se soucier d’elle lorsqu’il la voit régulièrement seul.

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Avec ces trois relations très différentes, Soo Ah expérimente diverses choses mais s’oppose surtout à sa mère. La voir ignorer ses problèmes, ne pas venir à sa cérémonie de remise des diplômes, se rapprocher d’un homme s’occupant d’une décharge, ne lui plaît pas. Elle aimerait avoir son attention. Elle se renferme alors dans un monde imaginaire. Elle a en effet plusieurs hallucinations qui concernent notamment son père et la chanteuse Yoon Sur Young.

Soo Ah est fan d’une chanteuse populaire. Elle découpe ses photographies, écrit un journal en collant des images et en s’adressant à elle, la regarde à la télévision… Peu à peu, elle pense que Yoon Sur Young est sa mère biologique. Elle est alors décidée à la voir pour la questionner. Celle-ci donnant un concert à Séoul, Soo Ah prend le train seule pour la retrouver.

Soo Ah mélange la réalité et la fiction dans son monde imaginaire. Les hallucinations sont impossibles à manquer, surtout celles concernant Yoon Sur Young. En effet, elles détonnent par rapport au reste du film. Les couleurs sont chatoyantes, dans des tons rouges. A chaque apparition de Yoon Sur Young, le spectateur peut assister à un véritable show ! Étrangement, cela se fond bien dans le film. Celui-ci est dans un style plutôt lent, sans être contemplatif, mais notant les gestes du quotidien, avec souvent Soo Ah au centre. Elle est vu attristée lorsque son VCR cesse de fonctionner, en train de marcher dans la rue avec un bâton dans une main et faisant du bruit sur une clôture, ou encore parlant avec les femmes du quartier qui la connaissent depuis longtemps. Une scène s’attarde sur le placement d’un miroir, où la mère de Soo Ah clame ne pas en avoir besoin, symbolisant ainsi son besoin de s’apprêter passé. Son compagnon n’est cependant pas de cet avis.

The wonder years est un film authentique, avec des personnages sincères, parfaitement joués par un casting talentueux. Lee Se Young s’est parfaitement appropriée le rôle de cette adolescente renfermée tandis que Chu Sang Mi brille dans son interprétation de cette mère qui essaye d’élever sa fille tout en essayant d’avoir sa propre vie. A noter la performance de Kim Yoon Ah qu’il est toujours fabuleux d’écouter. Cependant, j’ai moyennement aimé ce film lors mon visionnage notamment dû à sa lenteur d’exécution. Toutefois, réfléchir dessus pour écrire cet article m’a permis de mieux le comprendre et de l’apprécier à sa juste valeur.

Ressenti : ★★★☆☆