Dossiers·Les femmes coréennes dans la production audiovisuelle

Reconnaître les femmes

Toute l’année écoulée, je me suis employée à faire connaître des réalisatrices sud-coréennes. J’ai plus d’une centaine de noms et donc de films recensés dans un fichier. C’était un long travail de recherche et cela peut paraître beaucoup mais au final la quantité d’œuvres féminines est infime par rapport à celles masculines sur cette période de même pas un siècle. Le monde entier reconnaît ce manque de présence des femmes à l’écran et derrière l’écran. Ce n’est pas en mettant une femme au milieu d’un groupe d’hommes que cela résout le problème. D’ailleurs, saviez-vous que cela s’appelle le principe de la Schtroumpfette ? Inclure seulement une femme dans un ensemble entièrement masculin établit une narration dominée par les hommes où la femme est l’exception et n’existe qu’en référence aux hommes. De plus, elles sont généralement hypersexualisées, ayant pour but de plaire aux personnages et spectateurs masculins. Ce terme de syndrome ou principe de la Schtroumpfette a été proposé par la critique américaine Katha Pollitt dans un article du The New York Times d’avril 19912.

Les séries télévisées récentes ont souvent seulement des personnages masculins, comme Garfield, ou sont organisées selon ce que j’appelle le syndrome de la Schtroumpfette : un groupe de copains, accompagnés d’une seule femme, en général définie de manière stéréotypée… Le message est clair. Les garçons sont la norme, les filles la variation ; les garçons sont centraux quand les filles sont à la périphérie ; les garçons sont des individus alors que les filles sont des stéréotypes. Les garçons définissent le groupe, son histoire et ses valeurs. Les filles existent seulement dans leur relation aux garçons.

Des actions ont donc été entreprises pour remédier à cela. Dans cet article, je vous parlerai du test de Bechdel, du test de Mako Mori, de l’analyse Johanson et du F-rating.

Le test de Bechdel ou test de Bechdel-Wallace est une mesure de la représentation des femmes dans les œuvres de fiction. Le test repose sur trois critères : il doit y avoir au moins deux femmes nommées, qui parlent ensemble, et qui parlent de quelque chose qui est sans rapport avec un homme. Si l’œuvre vérifie ces trois critères, le test est dit réussi. Selon les bases de données de la presse de l’industrie des médias, environ la moitié de tous les films répondent à ces critères. La réussite ou l’échec du test n’indique pas nécessairement dans quelle mesure les femmes sont représentées dans une œuvre spécifique. Au contraire, le test est utilisé comme indicateur de la présence active des femmes dans tout le domaine du cinéma et des autres fictions, et pour attirer l’attention sur l’inégalité entre les sexes dans la fiction. Le test de Bechdel est donc avant-tout un indicateur du sexisme des films, mettant en avant le nombre restreint de personnages féminins et leur rôle de faire-valoir des personnages masculins. Le test porte le nom de la dessinatrice américaine Alison Bechdel. Auteure de la bande-dessinée Dykes to watch out for, une planche publiée en 1985 intitulée The rule explique les trois règles de base. Bechdel a crédité l’idée à son amie Liz Wallace et aux écrits de Virginia Woolf. Après que le test soit devenu plus largement discuté dans les années 2000, un certain nombre de variantes et de tests inspirés par lui ont émergé.

The rule de Alison Bechdel
The rule de Alison Bechdel sur https://dykestowatchoutfor.com/

Le test Mako Mori est un ensemble d’exigences conçues pour mesurer le niveau d’égalité des sexes dans un film ou une émission de télévision, bien qu’il puisse également être utilisé pour mesurer l’égalité des sexes dans d’autres œuvres de fiction. Le test est né en ligne d’une discussion d’utilisateurs de Tumblr sur le fait que bien que le film Pacific Rim accorde une plutôt bonne représentation au genre féminin, il échoue au test de Bechdel. Le critère unique du test de Mako Mori peut s’énoncer ainsi : il existe au moins un personnage féminin ayant son propre arc narratif, complètement indépendant de celui d’un personnage masculin. Son nom est issu de celui d’un personnage féminin du film Pacific Rim : Mako Mori. Depuis sa conception, le test Mako Mori a été régulièrement utilisé comme mesure de l’égalité des sexes dans les films et autres œuvres de fiction, la majorité des discussions sur le sujet étant centrées sur les plateformes en ligne.

L’analyse Johanson, développée par la critique de cinéma MaryAnn Johanson, fournit une méthode pour évaluer la représentation des femmes et des filles dans la fiction. L’analyse évalue les médias sur des critères qui incluent la représentation de base des femmes, le pouvoir, la liberté d’action et l’autorité des femmes, le regard masculin et les questions de genre et de sexualité.

  • Représentation de base : Les tests de cette section mesurent la représentation féminine en fonction du fait qu’un personnage féminin central apprend à se connaître, agit avec autodétermination et parvient à grandir grâce à ses expériences dans l’histoire.
  • Pouvoir, liberté d’action et autorité féminine : Les tests de cette section examinent si une femme contrôle sa propre vie.
  • Le regard masculin : Les tests de cette section examinent si les femmes sont traitées plus comme des objets sexualisés que comme des personnes.
  • Genre et sexualité : Cette section examine si une femme est définie par plus que son sexe ou ses relations avec les hommes et les enfants. Ces tests portent également sur l’utilisation de tropes qui présentent la féminité comme une blague ou d’une manière humiliante.

L’étude de Johanson en 2015, financée par une campagne kickstarter, a compilé des statistiques pour chaque film sorti en 2015 et tous ceux nominés aux Oscars en 2014 ou 2015. Voici ses conclusions :

  • seulement 22% des films de 2015 avaient des protagonistes féminines,
  • les critiques sont légèrement plus susceptibles de donner une note élevée à un film s’il représente bien les femmes,
  • les cinéphiles grand public ne sont pas découragés par les films avec des protagonistes féminines,
  • les films qui représentent bien les femmes sont tout aussi susceptibles d’être rentables que les films qui ne le font pas, et sont moins risqués en tant que propositions commerciales.

Le F-rating est une notation pour mettre en valeur les femmes à l’écran et derrière la caméra. Développé au Bath Film Festival en 2014, le F-rating a été inspiré par le Bechdel Test et le A-rating d’Ellen Tejle dans les cinémas suédois (films passant le test de Bechdel sur le sexisme ou de Chavez Perez sur le racisme). En réponse aux critiques de cette notation, les théoriciens du cinéma suédois Ingrid Ryberg, Anu Koivunen et Laura Horak ont ​​écrit : « Le A-rating n’est pas de classer les films comme féministes ou non féministes. Il vise à prévenir les téléspectateurs qui trouvent la socialité féminine attrayante des films qu’ils pourraient aimer, et donc de défier l’industrie de faire plus de films de ce type. ». Le festival a développé le F-rating en octobre 2014 « pour aller plus loin et mettre en évidence des films qui avaient soit une personne confirmée dans la production qui était une femme – une réalisatrice ou une scénariste – ou avaient des rôles féminins très forts ou des problèmes de femmes », selon la directrice du festival et fondatrice du F-rating Holly Tarquini. Elle a déclaré à la BBC que les films devaient répondre à au moins l’un des trois critères pour recevoir la note : « Si nos films ont une réalisatrice, une femme qui n’est pas simplement là pour soutenir le rôle masculin, ou qui concernent spécifiquement les femmes, alors ils recevront un cachet d’approbation F. ». Un website dédié à cette notation existe. Il présente le concept, des festivals, des personnalités et surtout une base de données de films regroupées en quatre catégories : les réalisatrices, les scénaristes, les personnages féminins forts et les films ayant reçu la triple note F (triple F-rating), c’est-à-dire ceux qui cumulent les trois.

J’espère que ce tour d’horizon des possibilités offertes pour reconnaître les femmes vous aura plu.

Sources :
Smurfette principle sur Wikipedia EN
Bechdel test sur Wikipedia EN
Mako Mori test sur Wikipedia EN
Johanson analysis sur Wikipedia EN
F-rating sur Wikipedia EN