Avis·Films·Les femmes coréennes dans la production audiovisuelle

[K-Movie] Way back home

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Way back home

Titre original: 집으로 가는 / Jibeuro Ganeun Gil
Titres alternatifs: The way home, The road home
Pays: Corée du Sud
Genre: Drame
Durée: 131 minutes
Sortie: 11 Décembre 2013
Réalisatrice: Bang Eun Jin
Scénariste: Yoon Jin Ho
Producteurs: Im Sang Jin, Jang Won Seok, Kang Myeong Chan, Seo Young Hee
Compositeur: Kim Jun Seong
Directeur de la photographie: Lee Mo Gae
Sociétés de production : Dasepo Club, CJ Entertainment, Neon Productions
Société de distribution: CJ Entertainment
Casting principal: Jeon Do Yeon (Song Jeong Yeon), Go Soo (Kim Jong Bae), Bae Sung Woo (Chef de section Chu)

Song Jeong Yeon et Kim Jong Bae viennent juste d’ouvrir une entreprise de carrosserie. Mariés depuis quelques années, ils ont une petite fille. Ils ne roulent pas sur l’or mais vivent décemment. Kim Jong Bae s’est porté garant pour un ami mais il ignorait que la somme était beaucoup plus conséquente que celle annoncée. Lorsque cet ami ne peut rembourser son prêt, les biens de Song Jeong Yeon et Kim Jong Bae sont saisis et ils sont alors plongés dans la misère. Ils déménagent dans un sous-sol insalubre dont ils ne peuvent même pas payer le loyer. Après quelques mois de cette pauvreté, la relation entre les deux époux n’est pas au beau fixe. Un autre ami de Jong Bae propose alors à la famille un plan pour gagner de l’argent. (Il a des amis exceptionnels le mari.) Jeong Yeon accepte alors de servir de mule pour passer des bijoux d’un pays à un autre. Cependant, le sac qu’elle transporte contient de la cocaïne…

Jeong Yeon est arrêtée par la justice française. Elle passe quelques mois dans une prison à Fresnes avant d’être transférée en Martinique. Il lui est difficile de communiquer avec les autres puisqu’elle ne parle pas ni le français ni l’anglais et que les autorités françaises ne font aucun effort non plus. Elle n’a donc souvent aucune idée de ce qu’il se passe autour d’elle ni de ce qu’elle doit faire. Elle est propulsée dans un pays étranger où les conditions de détention sont terribles. Elle ne reste que quelques semaines à Fresnes où elle est dans une cellule solitaire. En Martinique, elle partage sa cellule avec une autre prisonnière. De plus, les autres détenues sont loin d’être accueillantes sans parler des gardes. Elle vit des choses horribles mais qui deviennent sa norme : être persécutée par les autres détenus, notamment par son apparence asiatique, ne pas pouvoir manger à sa faim, être forcée d’avaler des somnifères, etc.

Jong Bae ignore pendant longtemps où elle se trouve. Elle arrive à le prévenir quand elle est arrêtée mais elle peine à le joindre à nouveau quand elle est transférée. Et surtout, elle ignore un long moment où elle se situe. Son mari fait tout son possible pour l’aider, en contactant quotidiennement la police et en menant lui aussi son enquête. Il doit retrouver la trace de son ami pour certifier que sa femme ne connaissait pas le contenu de la valise. Il fait aussi appel à l’ambassade coréenne pour avoir son appui. Cette dernière ne fait absolument rien pour l’aider. Le film est très frustrant à regarder quand le spectateur voit l’inaction et les erreurs commises par l’ambassade coréenne. Les diplomates se soucient plus de leur image et de leurs repas que du sort d’une citoyenne coréenne ayant commis un crime. Le bureaucrate Chu fera certainement monter votre tension…

Le film est porté par la performance de Jeon Do Yeon en femme au foyer séparée de sa famille qui est projetée dans un univers dur et inconnu. Elle arrive à transmettre sa peur, sa détresse ou  son abandon avec seulement un regard. Go Soo est tout aussi formidable en mari désespéré et combattif.

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Ce film est inspiré d’une histoire vraie. [*] Le 30 octobre 2004, Jang Mi Jeong a été arrêtée à l’aéroport d’Orly en France pour contrebande. Elle transportait une valise de 17 kilogrammes de cocaïne. Jang Mi Jeong a dit qu’elle n’avait aucune idée de ce qu’elle contenait ; elle avait reçu un sac de l’ami de son mari, qu’elle connaissait depuis plus de 10 ans, et il lui avait dit qu’il était rempli de pierres précieuses non polies. Jang Mi Jeong avait accepté de transporter la valise de la Guyane aux Pays-Bas via la France en échange de 4 millions de won (environ 4 000 dollars). Après avoir été arrêtée à Orly, Jang Mi Jeong a été incarcérée près de Paris pendant trois mois en attendant son procès. Puis, après avoir été reconnue coupable, elle a été envoyée dans une prison de la Martinique dans les Caraïbes. Elle a été oublié par le gouvernement coréen. Elle est finalement retournée en Corée deux ans plus tard, le 18 novembre 2006.

L’histoire de cette femme a ensuite été présentée dans une émission documentaire d’investigation de KBS en 2006 sous le titre In Depth 60 Minutes. En 2013, Jang Mi Jeong a publié le livre Lost Days, racontant son épreuve et sa vie après son retour de prison, en particulier sa réadaptation difficile à la société coréenne et l’ostracisme auquel elle et ses deux filles ont été confrontées. En effet, le film s’arrête au retour de Jeong Yeon en Corée du Sud, où elle est réunie avec son mari et sa fille. Le retour à la réalité pour Jang Mi Jeong est beaucoup moins réjouissant. Traumatisée par ce qu’elle avait vécu, elle ne pouvait pas vivre normalement. Il lui a fallu beaucoup de temps pour s’adapter à nouveau à la société coréenne.

Tout comme Jeong Yeon, Jang Mi Jeong n’a jamais renié ce qu’elle a fait. Elle sait qu’elle a commis un crime mais elle a connu pour celui-ci une peine injustifiée. Le ministère des affaires étrangères a été critiqué par Jang et les cinéastes pour sa gestion de l’incident, citant leur négligence diplomatique et les qualifiant d’irresponsables lorsqu’il s’agit de protéger les coréens à l’étranger. Les responsables du ministère des affaires étrangères ont quant à eux insisté sur le fait que l’histoire du film n’est pas toute la vérité.

Way back home est un mélodrame sans aucun doute romancé pour obtenir plus de pathos. Et cela fonctionne. Le spectateur ne peut que s’intéresser au destin de cette femme isolée dont le crime n’est jamais absous mais dont la punition n’est pas en accord. Il ne peut que se révolter face à l’indifférence et à l’incompétence de la bureaucratie coréenne.

Ressenti : ★★★★★

Trailer :

Sources :
[*] Korea JoongAng Daily