Avis·Films·Les femmes coréennes dans la production audiovisuelle

[K-Movie] Cart

Cart-poster
Cart

Titre original: 카트 / Kateu
Pays: Corée du Sud
Genre: Drame
Durée: 110 minutes
Sortie: 13 Novembre 2014
Réalisatrice: Boo Ji Young
Scénariste: Kim Kyung Chan
Productrice: Jamie Shim
Compositeur: Lee Ji Soo
Directeur de la photographie: Kim Woo Hyung
Société de production: Myung Films
Société de distribution: Little Big Pictures
Casting principal: Yum Jung Ah (Sun Hee), Moon Jung Hee (Hye Mi), Kim Young Ae (Soon Rye), Kim Kang Woo (Dong Joon), Do Kyung Soo (Tae Young), Hwang Jeong Min (Ok Soon), Chun Woo Hee (Mi Jin)

Bienvenue client bien-aimé !

Le film Cart est une critique sociale, basé sur des faits réels. Ceux-ci ont aussi été transcrits dans le webtoon Awl de Choi Kyu Seok qui a ensuite été porté à la télévision dans le drama du même nom (Je ne le recommanderai jamais assez !). En 2007, la chaîne de supermarchés Homever, appartenant au groupe E-land (ils ont acquis les activités coréennes de Carrefour en septembre 2006 qu’ils ont renommés en Homever), a licencié des travailleurs temporaires, principalement des femmes, et les a remplacés par des employés externalisés pour contourner une nouvelle loi exigeant que les employés reçoivent le statut de travailleur régulier après une certaine période de travail au sein de l’entreprise. Les employés licenciés et les syndicats se sont mis en grève devant le supermarché pendant 512 jours jusqu’à ce que l’affaire soit réglée, certains employés étant réintégrés.

Le film ne se limite cependant pas à cet incident. Pour le réaliser, Boo Ji Young a étudié d’autres occurrences de ce type comme le sort du personnel de nettoyage irrégulier dans les principales universités coréennes, y compris Hongik et Yonsei.

C’est un problème intimidant, qui se produit beaucoup plus souvent dans chaque partie de notre société que nous ne le pensons.

Les problèmes de l’insécurité de l’emploi, des licenciements et des travailleurs temporaires sont un sujet universel qui dépasse les frontières de la Corée du Sud. Le film a été projeté pour la première fois au festival du film international de Toronto et les spectateurs internationaux ont été touchés par lui.

La compagnie de production Myung Films a travaillé sur ce film depuis 2008. Elle a envoyé un premier script à la réalisatrice Boo Ji Young en 2011 qui a voulu partager l’histoire de ces personnes ordinaires qui s’unissent et obtiennent du pouvoir. Elle a étudié ce problème pendant plusieurs années avant de réaliser ce film sorti en 2014. Elle a ainsi parlé à de nombreux employés impliqués dans des conflits de travail similaires. Lorsqu’elle a rencontré des employés ayant protesté contre Homever, elle s’est aperçue que la compagnie harcelait les travailleurs par diverses méthodes telles que la réintégration sélective et en forçant notamment les manifestants à compenser les pertes de ventes subies pendant la manifestation.

Le plus triste de tout cela est que ces actions de l’entreprise n’ont fait que creuser un fossé entre les manifestants. Lorsqu’ils doivent consacrer leur énergie à lutter contre l’entreprise, ils finissent par se battre entre eux.

Même si elle savait qu’elle n’avait pas le pouvoir de changer le système de travail ou d’apporter des changements politiques, Boo Ji Young espérait que grâce à ce film, les gens deviendraient plus conscients du problème et s’engageraient dans un dialogue. Pour elle, un réalisateur, en tant que créateur, doit être sensible à ce qu’il se passe dans la société et proposer un travail qui reflète les temps actuels.

Boo Ji Young décrit ainsi son film :

Cart raconte l’histoire des intérimaires d’un grand supermarché qui luttent contre leur licenciement abusif par leur entreprise. Unis par leur courage et leurs croyances fortes, des dizaines de femmes ordinaires changent la vie des autres.

Sun Hee travaille depuis cinq ans au magasin, espérant que son poste contractuel évoluera vers un emploi à temps plein qui lui a été promis plusieurs fois. Avec son mari absent qui travaille sur des chantiers maritimes durant plusieurs mois, Sun Hee a besoin d’un salaire stable pour subvenir aux besoins de leurs deux enfants. Elle est ainsi toujours disposée à travailler des heures supplémentaires. Hye Mi est une mère célibataire qui n’accepte pas de travailler plus qu’elle ne doit à l’entreprise.

Ces deux femmes, employées temporaires, reçoivent comme tant d’autres employées du magasin un SMS les informant qu’elles sont licenciées. L’indignation succède rapidement à l’incompréhension. Les hôtesses de caisse et les techniciennes de surface licenciées se réunissent ensemble pour protester contre l’entreprise (il leur reste quelques semaines sur leur contrat). Sun Hee, Hye Mi et Soon Rye, une femme de ménage, sont élues pour les représenter. Le syndicat de travail ainsi formé est ignoré par les patrons de l’entreprise. Après plusieurs entretiens où les trois femmes attendent des heures sans qu’aucun membre de la direction ne vienne pour discuter, elles doivent alors passer à la vitesse supérieure. Il est temps qu’on les écoute : une grève s’installe.

Les employées dont les contrats ont été résiliés tentent alors divers moyens pour se faire entendre : elles commencent par bloquer l’accès aux caisses ou au magasin avant d’installer des tentes devant le supermarché pour simplement signifier leur présence. Mais le combat avec l’entreprise est loin d’être égalitaire. Les patrons veulent simplement que le bruit cesse pour que leur chiffre d’affaires ne baisse pas mais ils n’ont aucunement l’intention de négocier avec le syndicat du travail. Ils ont embauché des employés précaires pendant des mois pour ne pas avoir à leur accorder un salaire décent et ils les ont licenciés pour réduire encore plus les coûts, en comblant les besoins en main d’œuvre avec une entreprise externe. De plus, ils ont avec eux la police puisque le mouvement de grève est illégal.

Ces femmes sont dans des situations très précaires. Elles occupent des emplois temporaires qui ne sont pas très bien payés et dont les nombreuses heures supplémentaires ne sont certainement pas dédommagées. Cependant, cet emploi est primordial pour elles. En effet, ce maigre salaire est parfois la seule source de revenus de la famille. Elles doivent subvenir aux besoins de leur famille, leurs enfants bien évidemment mais souvent aussi leurs parents ou leurs conjoints, qu’ils soient simplement à leur charge mais parfois aussi malades. Ces femmes sont donc sous le choc de leur licenciement soudain et abusif. Elles n’ont pas de soutiens ou de connaissances pour s’opposer à l’entreprise. Elles ont cependant elles-mêmes. En se regroupant, elles deviennent solidaires. Elles apprennent à se connaître, elles partagent leurs joies et leurs peines, en luttant ensemble.

Ces femmes sont plus tard rejointes par Dong Jun, un jeune directeur adjoint qui renonce à son emploi permanent, quand d’autres employés sont aussi touchés par cette crise. Il est alors élu comme dirigeant syndical. Il est dommage que cette lutte de femmes soit finalement réduite à être dirigée par un homme. Surtout qu’elles étaient principalement ignorées des autres avant que leur emploi soit aussi menacé… Cela se comprend toutefois car tous les employés ont peur de perdre leur travail. Ils veulent peut-être se montrer solidaires avec leurs collègues mais ils ont aussi leur famille à laquelle penser.

La lutte est difficile pour tous. Ils ne gagnent pas d’argent quand ils sont en grève. Celle-ci dure des jours, puis des semaines, puis des mois. Il était déjà difficile de vivre avant avec le peu d’argent qu’ils gagnaient mais désormais, sans aucune source de revenus, la situation est intenable. Certaines personnes, influencées par l’entreprise, sont alors réemployées. D’autres abandonnent et trouvent un autre emploi. Entre les coups pris par la police, le manque de revenus, les employés se demandent à plusieurs reprises combien ils sont prêts à sacrifier pour lutter pour la justice.

A travers Sun Hee qui ne s’était jamais battue pour elle-même, à travers toutes ces femmes sous-payées, à travers tous ces employés en situation précaire, la réalisatrice décrit le combat de ces personnes désespérées et sans défense contre des hommes assoiffés d’argent, ces hauts dirigeants qui n’ont aucune idée de leur situation. Ou justement, ils savent mais s’en moquent. Ils sont dans une société capitaliste où le profit est leur seule motivation. Licencier ces employés temporaires pour embaucher des employés traités encore plus injustement et précairement qu’eux leur permet de réaliser quelques économies. Et ces employés précaires, temporaires ou externes, ne peuvent qu’accepter ces postes peu enviables puisqu’ils ont besoin de cet argent. Le cercle vicieux continue.

Boo Ji Young met les femmes au centre de ses films. Il est à noter qu’elle est aussi encline à raconter des histoires de sororité. Dans Sisters on the road, Shin Min Ah et Gong Hyo Jin sont à l’opposé l’une de l’autre. Très distantes, un voyage leur permet de se (re)trouver. Seon Hee (Yum Jung Ah) et Hye Mi (Moon Jung Hee) ne sont pas de vraies sœurs mais sont aussi proches que telles. Très différentes l’une de l’autre, ce combat les rapproche et leur permet de sympathiser. La réalisatrice ne raconte pas spécialement des histoires sur des femmes ou des personnes dont la situation sociale est précaire. Elle est simplement intéressée pour raconter ce qui manque à la société.

Depuis mon mariage, j’ai profondément ressenti que les femmes sont socialement réprimées et, en conséquence, j’ai inventé des histoires concernant les faibles de la société. Je suis particulièrement intéressée par leur existence. Je voudrais donc continuer à parler des femmes qui vivent leur vie de manière indépendante.

Les femmes de ce film sont plutôt unidimensionnelle mais il est facile de s’attacher à elles et à leur cause. Leur lutte devient la nôtre. La fin du film peut paraître de premier abord un peu abrupte en laissant des éléments non résolus mais elle sonne au final juste. Le combat pour un emploi correct, l’égalité salariale, etc., n’est jamais terminé. De plus, la Corée du Sud a beaucoup d’avancées à faire concernant les droits du travail et de manifestation.

Ressenti : ★★★★☆

Trailer :

Sources :
The Korea Herald
Women and hollywood (Indie wire)
Korean Cinema Today

5 commentaires sur “[K-Movie] Cart

  1. Je note, je note. Je voulais déjà le voir (on en avait parlé, il me semble ?) mais d’autant plus en sachant qu’il t’a beaucoup plu comme cela. Et puis le casting est alléchant (y a même Kim Kang Woo !). Il faut aussi que je regard Awl. Un jour^^ Je n’arrive à regarder rien de sérieux ces derniers temps, c’est terrible, sauf si j’ai une « obligation ».

    Aussi, rien à voir avec le film, mais je relisais de vieux articles de toi il n’y a pas longtemps, et je trouve que si ton blog était agréable à lire avant, il l’est encore plus à présent 🙂

    J'aime

    1. Oui, on en avait parlé à un moment donné. o.o
      Le casting est très chouette. 🙂 Le film est plus dans la lutte de l’instant présent, même s’il aborde un peu l’histoire de ces femmes. Alors que le drama a plus d’heures pour développer tous ses personnages et voir la lutte grandissante. Les deux sont très biens en tout cas. ^^
      Je comprends pour les productions sérieuses, je n’ai pas toujours le « courage » de regarder ce type de choses.

      Oh, c’est gentil ! ❤

      Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s