Avis·Films·Les femmes coréennes dans la production audiovisuelle

[K-Movie] The widow

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The widow

Titre original: 미망인 / Mimangin
Pays: Corée du Sud
Genre: Mélodrame
Durée: 75 minutes / 90 minutes
Sortie: 02 Avril 1955
Réalisatrice : Park Nam Ok
Scénariste: Lee Bo Ra
Producteurs: Lee Bo Ra, Jeon Chang Geun
Directeur de la photographie: Kim Yeong Sun
Compositeurs: Jo Baek Bong et Kim Yong Hwan
Compagnie de production: Sister Productions
Casting principal: Lee Min Ja (Shin Ja), Lee Seong Ju (Ju), Lee Tak Kyun (Taek), Na Shim Ae (Jin), Shin Dong Hun (M. Lee), Park Yeong Suk (Mme Lee), No Kang (Song), Bang Ja Young (Sook)

There was a widow in the neighborhood. She was a sunflower even in the face of hardship.

Le film introduit assez rapidement tous les personnages principaux en exposant leurs diverses relations. Je vais vous les présenter chronologiquement, en décrivant parfois quelques scènes pour bien tout mettre en situation.

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Lee Shin Ja

Lee Shin Ja est une jeune veuve qui élève seule sa fille Ju, la guerre lui ayant pris son mari. Elle éprouve des difficultés financières notamment pour les besoins de son enfant. En effet, cette dernière ne veut pas retourner à l’école car elle doit donner de l’argent à sa professeure. Son voisinage est composé d’un homme veuf, Monsieur Song, qui donne l’impression de se soucier de la famille mais que Shin Ja semble ignorer et d’une femme plus jeune qu’elle, Sook, qui dispose d’un peu plus d’argent et qui peut volontiers lui en prêter.

Lee Shin Ja a été mariée et a une enfant, il est donc de son devoir de subvenir aux besoins de sa famille et de tout sacrifier pour elle, y compris son bonheur. Pourtant, Lee Shin Ja défiera les codes confucéens en vigueur à l’époque. Elle est remarquée par sa beauté et le spectateur peut la voir contempler son joli visage dans un miroir à plusieurs reprises en touchant ses joues. Regarde-t-elle sa beauté qui se fane peu à peu et dont elle doit tirer profit avant que ce ne soit le cas ? Repense-t-elle à son passé plus heureux ?

Madame Lee est une femme plus sophistiquée. Elle accuse Lee Shin Ja de s’amuser avec son mari et elle lui demande de le laisser tranquille. La veuve ne se justifie pas avant de finir par se défendre avec l’aide de ses voisins. Monsieur Lee est simplement un ami de son défunt mari.

Shin Ja rencontre alors Monsieur Lee pour lui expliquer la situation. Ils se promènent et déjeunent ensemble dans un petit temple. L’homme lui offre de l’argent pour subvenir à ses besoins. Shin Ja ne promet rien à Monsieur Lee et aucun geste déplacé n’est montré, cependant elle accepte son argent sans rechigner.

Shin Ja est à la plage avec sa fille et sa voisine. Ju s’amuse dans l’eau tandis que sa mère la surveille distraitement, toute habillée sous une ombrelle. Madame Lee est elle aussi à la plage, accompagnée d’un jeune homme du nom de Taek. Il lui apprend à nager, il la touche, il n’y a aucun doute sur le fait qu’il soit son amant. Shin Ja discute avec Sook tandis que sa fille disparaît sous l’eau. Heureusement, Taek la voit et la sauve. La mère s’inquiète enfin du sort de son enfant mais elle la cherche sur la plage de manière très mesurée. Lorsqu’elle la retrouve, elle la prend calmement dans ses bras tout en remerciant son sauveur.

La première rencontre entre Taek et Shin Ja fait des étincelles ce qui n’est pas au goût de Madame Lee (qui, rappelons-le, est allée voir Shin Ja pour lui dire d’arrêter de tourner autour de son mari). La relation entre Monsieur et Madame Lee n’est pas non plus au beau fixe puisqu’il a des preuves de son infidélité avec des photographies des deux amants sur la plage. Monsieur Lee demande alors l’avis de Shin Ja, lui disant qu’il va divorcer, et espérant qu’elle puisse retourner ses sentiments. Shin Ja lui conseille plutôt de pardonner à sa femme. De la même manière, Taek est subitement pris de remords sur sa relation avec Madame Lee et rompt avec elle.

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Shin Ja et sa fille Ju

Taek et Shin Ja sont alors libres de s’aimer si ce n’est la présence de Ju. Taek était surtout intéressé par l’argent de Madame Lee (qui elle-même demandait de l’argent à son mari). Avec Shin Ja, c’est pour sa beauté. Quant à cette dernière, tomber amoureuse lui offre de plus jolies perspectives d’avenir que d’élever seule sa fille. Les relations se font et se défont par appât de gain et séduction. Ju se montre opposée à la relation entre sa mère et Taek mais pour le garder, Shin Ja l’enverra habiter chez une autre personne. Taek et Shin Ja sont fiancés – mariés ? – et construisent peu à peu leur bonheur. Ils prennent soin l’un de l’autre et s’offrent des cadeaux. Shin Ja tient désormais un magasin de couture et peut gagner de l’argent.

Cependant, le bonheur est de courte durée. Taek retrouve Jin, son ancienne amante qu’il croyait morte à cause de la guerre. Leur rencontre est très romantique, ils se promènent en barque et dans la forêt, chantent une chanson d’amour et de retrouvailles. Tout est joué. Shin Ja attend son mari à la maison pendant qu’il batifole dans l’herbe avec Jin.

Et ce sera tout.

….

Je plaisante. Enfin, à peine. Le film date de 1955 et la fin est manquante (environ 15 minutes). Par ailleurs, les dix dernières minutes disponibles sont sans son. Il est donc difficile de comprendre ce qu’il se passe. Le spectateur peut toutefois voir Shin Ja boire de l’alcool avec sa voisine alors qu’elle ne pouvait pas avant. Taek et Shin Ja vont certainement devoir se retrouver mais je doute d’une issue heureuse à leur histoire. La fin est donc abrupte et éternellement énigmatique. J’ai cherché longtemps sur le web mais je n’ai trouvé qu’un commentaire sur un forum mentionnant un article de 1955 disant que la fin était très ambigüe.

J’ai trouvé ce mélodrame très intéressant pour découvrir l’époque pendant laquelle le film a été réalisé ainsi que les mœurs sociétales. J’ai parfois eu du mal à comprendre la gestion du temps mais sinon les événements qui se passent sont clairs. Je trouve que les gestes sont lents, voire en désaccord, par rapport aux paroles ou voix, plutôt aiguës (dû au montage ?), notamment dans la scène où Shin Ja perd sa fille sur la plage. Par ailleurs, les personnages sourient et rient beaucoup, avec des sons qui s’entendent fort. Cela fait très maniéré.

Le film est en noir et blanc, avec des images pas toujours d’excellente qualité, mais il est tout à fait regardable. Le début m’a un peu surprise avec la caméra qui est secouée en même temps que le plan avance sur une route mais le reste est plus régulier. Lors d’une séquence, des effets spéciaux sont introduits tels que la superposition et le fondu. La vision féminine de la réalisatrice se voit par plusieurs aspects. Dans les plans, je pense notamment à celui où Shin Ja se prépare à sortir et s’habille en se regardant dans le miroir. Cependant, c’est surtout dans le traitement de la femme que cela se remarque. La voisine de Shin Ja est une prostituée mais le mot n’est jamais ouvertement prononcé et elle n’est jamais condamnée pour ses actions. Le spectateur peut seulement voir qu’elle se fait de l’argent et qu’elle a des hommes autour d’elle. J’ai bien aimé une conversation avec Shin Ja où elle dit qu’elle aimerait bien se marier elle aussi quand elle voit à quel point Shin Ja est heureuse. Cette dernière lui répond seulement qu’un homme (petit ami) et un mari sont deux choses différentes.

La vie Lee Shin Ja est aussi simplement montrée. Elle éprouve des désirs et ceux-ci ne sont pas condamnés. Le veuvage était jusqu’à récemment un état d’isolement sévère pour les femmes. Shin Ja refuse de suivre les codes confucéens en restant loyale à la mémoire de son mari en poursuivant l’amour qui se présente à elle. Elle écarte même son rôle de mère au profit de ce désir. Si personnellement certains actes me choquent (abandonner sa fille), je suis contente de voir la manière dont sont traités les portraits de ces femmes.

Le film montre aussi comment les femmes devaient compter sur leur beauté ou leur intelligence pour pouvoir avoir de l’argent. Madame Lee en dispose car elle a fait un beau mariage, Shin Ja commence en à gagner et peut ouvrir un magasin car son mari lui provide des fonds, Sook en obtient grâce à ses charmes. Toutes seules, leur vie serait bien difficile. Les discussions autour de l’argent sont aussi très importantes. Au sortir de la guerre, l’argent manquait, et encore plus pour les femmes, surtout si elles voulaient être indépendantes. La réalisatrice a aussi beaucoup souffert pour récolter de l’argent pour produire son film.

Il est à regretter que la carrière de Park Nam Ok se soit arrêtée à ce seul film. Il n’a pas eu de succès commercial mais il n’en a pas eu les chances en même temps. Il a été diffusé dans un seul cinéma parce qu’elle était une femme et seulement pendant quatre jours.

L’indépendance des femmes se traduit aussi par les actions et les vêtements qu’elle porte. Au début du film, Lee Shin Ja est en tenue traditionnelle coréenne alors que sa voisine plus libérée porte des pantalons. Au fur et à mesure de ses choix et de l’avancée de sa relation avec Taek, ses tenues vestimentaires changent. Les femmes sont aussi vues en train de boire et de fumer.

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Shin Ja et sa voisine

Je terminerai avec une discussion entre Taek et Jin lors de leurs retrouvailles.

Jin : Je vais trouver un travail.
Taek : La place d’une femme est à sa maison.
Jin : Que c’est démodé !
Taek : C’est parce que je t’aime.
Jin : Nous ne pouvons pas vivre d’amour.

Jin est indépendante, cela ne dérange pas vraiment Taek puisqu’ils finissent par s’embrasser.

J’espère que cet avis vous aura convaincu à regarder ce film qui est très intéressant sur la vie des femmes durant la période post-guerre. J’avoue qu’en lui-même, cela reste un mélodrame avec multiples histoires de cœur peu surprenant. Cependant, il faut prendre en compte le contexte de l’époque et surtout qu’il s’agit du premier film réalisé par une femme. Si vous avez envie de le voir, il est disponible gratuitement et légalement en anglais sur le channel Youtube de Korean Archive Film (lien direct).

Ressenti : ★★★☆☆

6 commentaires sur “[K-Movie] The widow

  1. Merci pour le lien vers Korean archive film. je ne connaissais pas. C’est un vraie mine d’or pour se plonger dans la culture coréenne et le vieux cinéma. Je n’ai vu aucun film coréen antérieur aux années 90’s. C’est l’occasion.
    Tu m’as donné envie de voir « the widow », je commencerai par lui. En plus, en tant que 1er film réalisé par une femme, il a une haute portée symbolique.

    J'aime

    1. Cette association est formidable et leur channel permet de voir plein de films intéressants d’époque. 🙂 J’espère que tu y trouveras ton bonheur.
      Tu me diras ce que tu auras pensé de The widow, je serai ravie d’en discuter avec toi.

      Aimé par 1 personne

  2. Merci pour cette découverte de film, Luthien ♥ C’est vraiment dommage que la fin ait été perdue, mais au moins, tu en as déjà tiré des tas de trucs intéressants, il y a beaucoup à en dire apparemment, donc c’est déjà cela. Comme tu sais, mon programme est chargé, mais il faudrait que je le voies si j’ai le temps !

    J'aime

    1. Oui, le film en lui-même possède beaucoup de choses intéressantes même si je suis un peu déçue de ne pas connaître la fin.
      J’espère que tu apprécieras ton visionnage si tu arrives à le caser. ^^

      J'aime

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